Chasseurs et cochongliers : une situation ubuesque

Depuis 3 ans, des chasseurs du Calvados entretenaient des élevages illégaux de sangliers croisés avec des cochons domestiques. Plusieurs dizaines de ces animaux se sont récemment échappés de leurs enclos, provoquant la dégradation des champs d’agriculteurs voisins mais également l’inquiétude d’un risque sanitaire, les animaux n’ayant bénéficié d’aucun suivi vétérinaire.

L’ONG ASPAS a déposé plaintes pour ces faits auprès du procureur de la République ; les éleveurs risquent jusqu’à 150 000 € d’amende et  2 ans de prison.

Mais au-delà de l’anecdote locale qui pourrait prêter à sourire, c’est toute la gestion du sanglier depuis des décennies par les chasseurs français qui est à mettre au pilori.

Car voici l’histoire : le petit gibier se raréfiant, la maladie virale hémorragique du lapin – particulièrement contagieuse  –  ayant fait des ravages et les migrateurs hivernant de plus en plus au nord de leur aire traditionnelle, il fallait bien, pour se distraire un peu, tuer « quelque chose », sachant que le sanglier est la proie favorite des chasseurs.
Alors, afin de disposer de gibiers à foison, les sangliers ont été croisés avec des cochons domestiques. Mais à jouer les apprentis-sorciers, on ne récolte rien de bon… et, au cœur des années 80, naissait un hybride baptisé «  cochonglier » au poids fortement augmenté, au taux de fécondité doublé, à la maturité sexuelle avancée et sans prédateurs…
Résultat : on est passé de 50 000 sangliers abattus en 1975 à environ 500 000 aujourd’hui…

Pourtant, loin de se soucier de ces chiffres alarmants ni de la « pollution génétique » qui affaiblit considérablement l’espèce, les chasseurs ont épargné les femelles, ont pratiqué l’agrainage – approvisionnement en période de disette du futur gibier – ont entretenu auges et points d’eau.
Bref, pour s’assurer de tableaux de chasse des plus impressionnants, on a favorisé la prolifération des cochongliers !

Aujourd’hui dépassées par la situation, considérées comme responsables de ce gibier par l’Etat, les fédérations de chasse doivent rembourser les dégâts occasionnés par les cochongliers aux agriculteurs. Cherchant à échapper à cette coûteuse obligation, elles ont trouvé une parade pour le moins déroutante : arguant que les chasseurs ne sont responsables que des réserves de chasse régulées par leurs soins, les fédérations estiment que les réserves naturelles – où les cochongliers se réfugient lors des chasses – constituent le réservoir d’animaux nuisibles et les protecteurs de la nature en seraient les fautifs puisqu’ils n’ont mis en place aucun plan de gestion cynégétique ; ils devraient donc dédommager les agriculteurs et autres victimes des cochongliers…
Une pirouette sans complexe pour une situation ubuesque !

 

 

Le 9 septembre 2019