L'animal du mois

La salamandre tachetée (Salamandra Salamandra)

© Paligui

Amphibien méconnu bien que très répandu en France, la salamandre tachetée, ou bien encore salamandre terrestre, commune ou de feu, fait partie de l’ordre des Urodèles (regroupant entre autres les salamandres et les tritons). Elle est très facilement reconnaissable avec son long corps noir huileux tacheté de jaune (ou d’orangé pour certains individus plus rares).

La salamandre tachetée mesure de 11 à 25 cm pour un poids d’environ 40 g. Son espérance de vie est en moyenne de 20 ans ! Elle subit régulièrement des mues tout au long de sa croissance. Cet amphibien a une démarche lente et pataude mais son organisme a l’incroyable capacité de régénérer des parties de son corps blessées ou perdues !

La salamandre tachetée peuple la majorité de l’Europe à l’exception du sud de la péninsule ibérique, de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et de la Scandinavie. Il est donc très courant de pouvoir la rencontrer en France bien qu’elle se fasse discrète ! Son habitat doit comporter plusieurs points d’eau douce et de nombreuses caches humides constituées de pierres, d’écorces ou de boisements. Les salamandres privilégient les forêts mixtes où les sous-bois permettent la présence d’humidité. Les petits plans d’eau forestiers formés par des ruisselets constituent généralement un habitat de prédilection pour la reproduction des salamandres.

Animal principalement nocturne, elle est active entre février et novembre. Elle réduit ensuite son activité en hiver où elle hiverne seule ou en groupe. La salamandre possède une acuité visuelle très développée afin de se repérer facilement dans l’obscurité. Lorsqu’elle chasse elle se base à la fois sur sa vision si la lumière le permet et sur son odorat grâce à l’organe voméronasal. Elle se nourrit en grande majorité de cloportes, de petits coléoptères, de limaces et occasionnellement de vers de terre et d’araignées.

Sa coloration cutanée alerte d’éventuels prédateurs de la toxicité de sa peau (appelé coloration aposématique). La sécrétion d’un venin, appelé samandarin, au niveau des glandes parotoïdes (derrière les yeux) et dorsales, lui confère un avantage majeur lui permettant de s’exposer sans craindre d’éventuels prédateurs. Cependant, si certains sont assez téméraires pour s’y aventurer la salamandre tachetée est capable d’exsuder cette substance vénéneuse ayant très mauvais goût et étant toxique à la consommation, voir mortelle à forte dose. Les salamandres adultes ont ainsi peu de prédateurs mais leurs larves sont cependant beaucoup plus vulnérables.

© MallaurieBrach

La salamandre est une espèce très particulière car contrairement à ses comparses amphibiens elle ne se reproduit pas dans un milieu liquide mais s’accouple sur la terre ferme. Suite à une parade nuptiale le mâle dépose un spermatophore que la femelle recueille via son cloaque (orifice commun aux voies digestives, urinaires et génitales chez la plupart des poissons, amphibiens, reptiles et oiseaux). S’en suit une gestation de huit à neuf mois. C’est seulement au moment de la mise bas des larves vers janvier-février que la femelle rejoint un point d’eau. On parle alors ici d’ovoviviparité car les œufs de larves se développement au sein de la femelle. Une fois déposés dans l’eau les larves aquatiques (pouvant aller jusqu’à une cinquantaine d’individus par mise bas) se développent durant quatre à six mois. Les jeunes sont autonomes dès la naissance et atteignent la maturité sexuellement entre l’âge de deux à six ans. La seconde particularité des salamandres est que la femelle est capable de conserver la semence du mâle sur plusieurs années et peut donner naissance à plusieurs générations grâce à un seul « accouplement ».

Autre fait extraordinaire : les salamandres ne possèdent pas de sacs vocaux (organes permettant l’amplification des sons, présents chez la plupart des espèces de grenouilles et de crapauds) mais peuvent tout de même émettre de petits grognements qui pour autant ne participent pas à la communication entre individus puisque les urodèles n’ont pas d’oreille moyenne et de tympan ! Ce phénomène serait dû à un mécanisme de pression de l’air en cas de stress de l’animal.