Le porc (Sus scrofa domesticus)

Ce que l’on désigne usuellement par « le porc » est en fait une sous-espèce (Sus scrofa domesticus) du sanglier sauvage, comportant un grand nombre de races différentes. C’est un mammifère de la famille des porcins ou suidés, de l’ordre des artiodactyles (c’est-à-dire avec un nombre de doigts pairs à chaque patte), présentant quatre doigts dont deux se terminent par un sabot sur chaque membre. Ses origines sont anciennes – les premières traces de domestication datent d’il y a 10 000 ans environ – et font l’objet de débats, mais l’étude génétique du porc montre qu’il descend du sanglier et qu’il a été domestiqué dans plusieurs régions du globe, notamment en Europe et au Moyen-Orient, entrainant des différenciations de lignées sur les races actuelles. Les plus représentées actuellement en France sont le Landrace, le Piétrain et le Large White, mais on trouve aussi, plus marginalement, des porcs gascons, corses, cul noir limousin ou pie noir du pays basque. On trouve également depuis quelques années des porcs nains (races de porcs vietnamiens ou Göttingen principalement) comme nouveaux animaux de compagnie, de gabarit beaucoup plus petit (25-30 kg).

CARACTÉRISTIQUES PHYSIOLOGIQUES

Morphologie

Du fait de ses origines, le premier porc ressemblait à un sanglier mais avec le temps, son museau s’est raccourci, son crâne s’est élargi, son cerveau s’est réduit de 20 %, il a perdu ses défenses, la morphologie de son dos a changé et certaines races de porc ont presque entièrement perdu leurs poils. Ces évolutions sont dues à la sélection par l’homme de races à la morphologie et au caractère cohérent à ses besoins ; si à l’origine les porcs étaient assez petits et rustiques, adaptés à la vie sauvage, ils ont été sélectionnés en élevage pour être de plus en plus gros, avec une croissance rapide et une prolificité des truies maximale (nombre de porcelets par portée).

Les porcs dits « charcutiers » élevés pour leur viande sont issus majoritairement d’un verrat (mâle reproducteur) Piétrain et d’une truie (femelle reproductrice) croisée Landrace et Large White. Ils mesurent entre 90 cm et 1,80 m de long pour 120 kg en moyenne à l’âge adulte, mais peuvent atteindre les 300 kg. Étant omnivore, le porc peut se nourrir d’aliments d’origine végétale (céréales, racines, tubercules, baies, etc.) et animale (vers de terre, escargots, carcasses, etc.). Il peut vivre jusqu’à 25 ans.

Les races de porc en France 
Source : editions.educagri.fr

Si dans les animaux de la ferme le porc n’est pas le plus représenté en nombre, ses caractéristiques particulières, et notamment sa proximité avec l’homme, en font le sujet idéal de l’article du mois.

 

Un cochon nain adulte. Source : www.groingroin.org

Source : sevenmileroadphilly.org

 

Reproduction

Le verrat et la truie sont capables de se reproduire dès l’âge de 6 mois. Au bout d’une gestation de 115 jours en moyenne (3 mois 3 semaines et 3 jours), la truie donne naissance à une douzaine de porcelets environ. Lorsque ceux-ci seront sevrés, ils porteront le nom de nourrains. La femelle qui n’a pas encore eu de porcelet est appelée cochette.

Une truie et ses porcelets
Source : www.paillassonlecochon.com

 

Comportement

Les cochons ont un comportement social particulièrement hiérarchisé, et ce dès la naissance : ils se répartissent les mamelles de leur mère (et se servent de leurs dents aiguisées pour se battre entre eux afin d’établir la hiérarchie) et ne taiteront que la mamelle qu’ils ont gagné. Ils se battront à chaque fois qu’un de leur frère ou sœur essayera de changer de tétine. En général, le plus gros de la portée gagne la mamelle la plus productive grandissant et grossissant plus vite que les autres et gardant ainsi son statut de dominant jusqu’au sevrage. L’agressivité commence dès les premières heures de la naissance et joue un rôle très important dans la vie des cochons. Par la suite, le même type de hiérarchie va se mettre en place dans un groupe de porcs nouvellement constitué, ou a chaque introduction d’un nouvel individu dans le groupe pré-existant, par des phénomènes de confrontation plus ou moins agressifs (charge, pincements, morsures) aboutissant à la mise en place d’un statut dominant/dominé. Il semblerait que la hiérarchie se stabilise en sept jours environ.

Le cochon, lorsqu’il vit dans un environnement semi naturel, a montré qu’il passait un tiers de son temps dans l’exploration. L’exploration pour le cochon se situe au niveau du sol. Il va manipuler tous les objets qu’il peut trouver au sol ou dans le sol en le retournant, en reniflant, fouillant, poussant, mâchouillant. Si les cochons n’ont pas la possibilité d’explorer leur environnement suffisamment, ils vont alors développer d’autres comportements afin de pallier ce manque.

Le porc aime se vautrer dans la boue pour se rafraichir (c’est un animal qui ne transpire pas et possède une couche de gras très importante et les bains de boue l’aide à réguler sa température lors des fortes chaleurs), mais aussi pour se protéger du soleil car sa peau peu poilue est sensible aux coups de soleil. Ces bains de boue lui sont également utiles pour éloigner les parasites tels que les tiques et les poux.

Les cochons communiquent de plusieurs façons : grognements (divers et variés), et aussi à travers un langage corporel avec différentes postures. Un cochon dominant se tiendra droit, de façon imposante envers un cochon dominé qui baissera la tête et reculera pour montrer sa domination. La communication vocale est le moyen de communication le plus développé chez les cochons, leur ouïe très développée est donc d’une extrême importance également. À cause de la quasi-immobilité de leurs oreilles, les cochons doivent tourner la tête pour localiser l’endroit d’où provient le son.

Un vocabulaire très développé a été répertorié chez les porcs, allant de grognements très graves à des cris très aigus. Il est normal pour un cochon de grogner constamment lorsqu’il marche, explore, et salut un autre individu. Un cochon isolé parlera plus fréquemment que des cochons en groupe. Les cochons paniquent vite lorsqu’ils entendent un bruit soudain ou inhabituel. Le son d’un cochon qui panique alertera et mettra en panique les autres cochons aux alentours

Le cochon a un très bon odorat. Les porcelets l’utilisent pour identifier la tétine qui leur est dédiée lorsque la tétée arrive, les adultes utilisent leur sens de l’odorat lorsqu’ils creusent pour trouver de la nourriture, ou encore quand deux cochons sont présentés pour la première fois. Ce sens particulièrement bien développé le rend très utile dans la recherche des truffes, il est alors nommé « cochon truffier ».

 

Intelligence

Le porc présente une intelligence supérieure à celle du chien, proche de celle des singes. Plusieurs formes d’intelligence existent, en voici quelques exemples :

Un cochon est capable, entre autre, de reconnaitre son reflet dans un miroir. Il est doué également d’une mémoire importante : de nombreuses études montrent que les cochons présentent des souvenirs à long terme extraordinaires pour un animal, une faculté de souvenir à laquelle vient s’ajouter une certaine habileté à réaliser des tests complexes, tels que l’emplacement d’objets sélectionnés (cf vidéo ci-dessous).

Ces animaux disposent également d’une forme d’intelligence appelée intelligence sociale ou encore « machiavélique », qui consiste à tromper autrui. Ceci a été démontré par des chercheurs dans une étude où des cochons faisaient semblant de ne pas connaître la cachette de nourriture lorsqu’ils étaient en présence d’autres cochons, afin d’éviter d’être suivis (1).

En outre, les cochons ont de l’empathie : ils savent reconnaître et expérimenter une même émotion éprouvée par un autre individu.

 

Domaines d’exploitation

Si le cochon est un animal de compagnie particulièrement étonnant et intéressant, il n’en reste pas moins que la grande majorité des porcs présents en France servent à la production de viande en élevage, et plus minoritairement dans le domaine médical. Cet article est l’occasion de présenter quelques faits et éléments concernant les deux domaines prépondérants dans lesquels les porcs sont utilisés et exploités. Les pratiques décrites ci-dessous sont les plus répandues et elles sont pour la plupart décriées par les associations de protection animale qui luttent pour l’interdiction de l’expérimentation animale et l’amélioration des conditions d’élevage.

 

Recherche

La proximité physiologique et génétique du porc avec l’homme est maintenant démontrée, leur génome révèle de nombreuses analogies avec le notre et celles-ci se traduisent par des caractéristiques et comportements communs. Les similitudes anatomiques et biologiques, ainsi que sa facilité d’élevage, font du porc un sujet de choix pour la recherche médicale et le développement d’applications thérapeutiques. En effet, il présente des mutations génétiques similaires à celles qui sont à l’origine de maladies telles qu’Alzheimer, Parkinson ou le diabète, il est très intéressant dans le domaine de la chirurgie cardiaque et la taille de ses organes internes étant la même que celle des humains fait de lui un bon candidat aux xénogreffes (greffes dont le receveur et le donneur sont d’espèces différentes). La peau des porcs est également utilisée pour le traitement des grands brûlés.

Les races de porcs miniatures (Yucatan, Hanford, Göttingen), les « mini pig », sont précieuses dans des protocoles expérimentaux pour lesquels la taille des animaux de ferme serait un obstacle. (2)

Élevage

Le « porc » désigne également la viande issue de l’animal. C’est la viande la plus consommée dans le monde, avec 34 kg/an/habitant en France en moyenne. L’élevage et le commerce du porc implique des mouvements d’animaux extrêmement importants qui peuvent être à l’origine de la propagation de maladies. On trouve, en Europe, quatre bassins de production : bassin Nord-Européen, bassin de la Plaine du Pau, du Grand Ouest français et de la Catalogne. La France produit chaque année 25 millions de porcs charcutiers (dont plus de 60 % dans le grand ouest) et comporte environ 6 000 éleveurs spécialisés (naisseurs engraisseurs surtout).

En élevage industriel de porc, les contraintes économiques et sanitaires entraînent la mise en place de pratiques qui peuvent être préjudiciables au bien-être des porcs en ce qu’ils suppriment ou limitent l’expression des comportements naturels des animaux et créent parfois des troubles comportementaux compensatoires. Les facteurs défavorables les plus fréquemment rencontrés sont : une restriction drastique de l’espace disponible, un appauvrissement du milieu de vie, une modification des groupes sociaux, des pratiques d’élevage génératrices de peur ou de douleur, mais aussi une pression de sélection susceptible de modifier l’expression de traits comportementaux tels que les aptitudes maternelles.

À titre d’exemple, on peut citer :

  • le rationnement alimentaire qui conduit à des phénomènes de compétition chez les animaux logés en groupe, ainsi qu’au développement d’activités stéréotypées.
  • le logement en case individuelle et réduite (pour éviter d’écraser les porcelets) chez la truie gestante qui contribue à une restriction des stimuli environnementaux, de la liberté de mouvement et des contacts sociaux.
  • l’inexpression du comportement de nidification avant la mise bas due à l’isolement et l’absence de substrat de construction du ni. Les truies montrent alors une forte activité orale redirigée vers les éléments disponibles, tels que les barres de contention ou le sol.
  • l’absence de substrat manipulable (ex : paille) qui induit une frustration du comportement exploratoire primordial chez le porc et peut être à l’origine de comportement déviants comme la caudophagie (morsure de la queue)
  • la section partielle des dents et de la queue qui est réalisée chez les porcelets nouveau-nés dans de très nombreux élevages pour éviter dans le premier cas la morsure des truies (mamelles) ou des porcelets, dans le second cas la morsure des queues pouvant conduire en situations extrêmes à du cannibalisme
  • la castration (souvent sans traitement contre la douleur) des porcelets mâles est effectuée systématiquement pour faciliter la conduite des animaux en engraissement et surtout empêcher le développement d’odeurs sexuelles qui se révèlent à la cuisson des viandes

Les stalles de mise bas en élevage intensif
Source : www.techelevage.fr

Afin de pallier un grand nombre de comportements négatifs en élevage, il est réglementairement imposé aux éleveurs d’enrichir le milieu des porcs. Ceci passe par plusieurs éléments dont les principaux sont la mise à disposition de paille ou d’objets à manipuler pour répondre à leur fort besoin d’investigation : ils sont extrêmement curieux et en milieu naturel cela leur permet d’expérimenter une variété de ressources potentiellement comestibles au sein d’environnements complexes en mutation.

 

Des cochons qui fouillent et retournent la terre.
Source : www.acheteralasource.com

Un des moyens d’enrichir l’environnement en élevage.
Source : www.paysan-breton.fr

En conséquence, cela limite la réorientation des comportements d’investigation vers les autres porcs (flairages mais aussi mordillements) qui, dans certaines conditions, peuvent aboutir à de la caudophagie. Le phénomène débute par le mordillement répété de la queue ou des oreilles d’un porc peu réactif, ce qui va entraîner l’apparition de plaies. La présence de sang va attirer d’autres animaux et aggraver la situation, pouvant aboutir à des phénomènes de cannibalisme.

La marge de progression en élevage reste à l’heure actuelle conséquente pour améliorer les conditions de vie des porcs, notamment dans le cas des élevages industriels. Afin d’accélérer cette amélioration, un des moyens à l’échelle du consommateur serait de privilégier de la viande de porc issue d’élevages extensifs et plein air, dans lesquels les méthodes d’enrichissements sont plus développées.

Arlène Vivien, Docteure Vétérinaire, Inspectrice de Santé Publique Vétérinaire

Le 5 juin 2018

 

 

Sources :

agriculture.gouv.fr

www.l214.com

(1) www.petafrance.com

(2) www.efor.fr

www.ciwf.fr

MARINO L., COLVIN C., 2015. Thinking Pigs: A Comparative Review of Cognition, Emotion, and Personality in Sus domesticus . International Journal of Comparative Psychology, 28.

MEUNIER-SALAÜN M.C., BIZERAY D., COLSON V., COURBOULAY V., LENSINK J., PRUNIER A., REMIENCE V., VANDENHEEDE M., 2007. Bien-être et élevage des porcs. INRA Prod. Anim., 20, 73-80.