Les ouragans et leurs impacts sur la faune sauvage

Depuis quelques semaines, le Golfe du Mexique, les Caraïbes et les États-Unis font face à la fureur des ouragans Harvey, Irma, Katia, José et Maria. Ces tempêtes tropicales occasionnent de nombreuses pertes humaines, des milliers de sinistrés, ainsi que de sérieux dommages matériels. Mais qu’en est-il de la faune sauvage ? Comment les animaux survivent à ces catastrophes naturelles ?

Les ouragans sont le stade le plus violent des tempêtes tropicales avec des vents pouvant atteindre 300 km/h accompagnés de pluies diluviennes et de raz-de-marée. Ils se produisent entre juin et novembre dans l’hémisphère nord mais leurs forces et le lieu où ils se produisent sont hasardeux. Formés de l’évaporation intense des océans, ils profitent des taux élevés de chaleur et d’humidité et d’une absence de vent en altitude. Ces dépressions extrêmes sont appelées « ouragans » lorsqu’elles sévissent dans l’océan Atlantique nord, dans l’océan Pacifique nord-est et au sein du Golfe du Mexique (elles sont nommées « cyclones » dans le Pacifique sud et dans l’océan Indien, et « typhons » dans le nord-ouest du Pacifique).

Quels sont leurs impacts sur la faune sauvage ?

Crocodile de Cuba (Crocodylus rhombifer)

Les ouragans ont tout d’abord un effet direct sur les populations animales avec un fort taux de mortalité, en particulier chez les plus vulnérables comme les juvéniles. Ils occasionnent aussi une destruction des nids, des couvées ainsi qu’un lessivage des pontes sur les plages. Le crocodile de Cuba est un exemple flagrant d’espèce subissant directement les dommages d’un ouragan. Endémique des marais de Zapata et de Lanier, ce reptile pond ses œufs au sein de nids formant des chambres d’incubation pour les embryons. Lors d’un ouragan, non seulement les marais ne suffisent pas toujours à protéger les individus des pluies et vents violents, mais l’élévation du niveau de l’eau représente une menace importante pour les nids et leurs occupants. Si les œufs de cette espèce, dont la coquille est adaptée pour réaliser des échanges gazeux uniquement à l’air libre, viennent à être inondés, cette transmissionde gaz est enrayée et les embryons meurent par manque d’oxygène. À Cuba, les ouragans se produisaient environ une fois par siècle, mais depuis une trentaine d’année leur fréquence a augmenté, passant à une fois tous les quatre ans. Le nombre croissant d’ouragans est donc une sérieuse menace pour cette espèce de crocodile.

Chauve-souris endémique de l’île de Porto Rico (Stenoderma rufum)

Ces tempêtes tropicales ont aussi un impact indirect sur la faune sauvage. L’après-ouragan est parfois plus stressant pour les populations animales que le passage de la dépression en elle-même. Ces répercussions indirectes consistent tout d’abord à la disparition des ressources alimentaires via la destruction de la végétation. Les animaux les plus touchés sont ceux frugivores et nectarivores, telles que certaines espèces de chauve-souris. Les espèces insectivores et omnivores, quant à elles, voient leurs populations croître avec, entre autres, une abondance d’arthropodes observée après un ouragan. L’anéantissement des arbres et de la canopée entraîne également la disparition des habitats et des sites de nidification ainsi qu’une plus grande vulnérabilité face à la prédation et à la chasse. Les tempêtes tropicales peuvent aussi influencer certains microclimats et nuire de façon importante aux espèces locales.

Flamants roses des caraïbes (Phoenicopterus ruber)

Toutefois, les ouragans ne sont pas que dévastation. Ils sont paradoxalement une des causes de renouveau de la nature. En effet, ils modifient la répartition des espèces en forçant certains individus à se réfugier vers d’autres sites. Quelques spécimens se retrouvent alors sur des îles satellites ou plus éloignés de leurs points initiaux et créent de nouvelles populations. Cela permet non seulement de préserver l’espèce dans le cas où le groupe d’origine viendrait à disparaître, mais également de mélanger les individus. Ces mouvements de populations ont pu être observés chez des flamants roses originaires de Cuba retrouvés sur les îles Galápagos du Pacifique ou bien encore chez les crocodiles américains dont les individus les plus imposants peuvent survivre quelques jours en mer et atteindre d’autres rivages. Les ouragans participent aussi à la croissance et au développement de certaines espèces, comme le corail, qui une fois détruit et réparti sur les fonds marins se régénère et forme de plus grands récifs. Toutefois, cette régénération normale des coraux est actuellement mise en péril par les activités anthropiques (pollution, rejets industriels, surpêche, réchauffement climatique…). Enfin, les ouragans sont l’œuvre impartiale de la sélection naturelle, puisque ce sont les individus les plus résistants et les mieux adaptés à leurs environnements qui survivent.

 

Quelles stratégies les animaux adoptent-ils afin de survivre aux ouragans ?

Hirondelle noire (Progne subis)

Face aux nombreux impacts des ouragans, les animaux adoptent des comportements instinctifs spécifiques qui leur permettent de survivre. À l’instar des réactions de la faune qui ont pu être observées face à des catastrophes naturelles telles que des tsunamis, certaines espèces animales parviennent à anticiper ces phénomènes, les fuir ou les éviter. En effet, des études récentes comme celle concernant les hirondelles noires, qui nidifient pendant la saison des ouragans et migrent du Canada vers le Mexique, avancent que ces animaux seraient capables de modifier sciemment leur parcours migratoire ou de décaler le début de la migration afin d’éviter une tempête.

 

Au fil de l’évolution, d’autres animaux ont opté pour différentes stratégies et endurent les ouragans grâce aux refuges que leur offre la nature. Ainsi, alors que les chauves-souris restent à l’abri dans leurs grottes, les espèces aquatiques (comme certains reptiles) se tapissent sur le fond des mers, des marais, des cours d’eau ou au sein de labyrinthes rocheux submergés. Les oiseaux et mammifères, quant à eux, peuvent trouver refuge au sein de buissons épais, de terriers ou d’arbres creux. Certains décapodes, comme les crevettes de l’île de Porto Rico, détectent les tempêtes via la turbidité de l’eau ou bien encore la pression des flux d’eau. Elles adaptent ensuite leur comportement et se glissent sous les rochers ou sautent temporairement hors de l’eau pour éviter les courants les plus puissants qui les entraîneraient en aval. La montée des eaux des rivières, provoquée par les fortes pluies, leur permet par ailleurs de remonter vers l’amont et de repeupler certains sites. Ces crevettes ont également un rôle majeur lors des ouragans pour les rivières et torrents de montagnes des îles. En effet, elles clarifient l’eau en consommant une grande partie de la biomasse tombée pendant une tempête et permettent ainsi que ces cours d’eau restent potables et pures.

Les ouragans sont des forces destructrices de la nature, qui anéantissent de nombreux êtres vivants lorsqu’ils font rage. Pourtant, bien que brutaux, ils sont aussi source de renouveau  naturel sur le long terme (dispersion et mélange des individus et des espèces, régénération des forêts et de certaines espèces animales etc.). La faune sauvage a développé de nombreux comportements instinctifs qui garantissent la survie des espèces lors de ces catastrophes naturelles. Toutefois, l’accélération actuelle de la fréquence des ouragans est une menace grandissante pour tous les êtres vivants et pose la question des moyens à adopter pour survivre à la fureur des éléments.

 

Gabrielle Montier
Le 18 septembre 2017