L'animal du mois

L’orang-outan (Pongo)

L’Orang-outan, qui signifie « homme de la forêt » en malais, fait partie de la famille des grands singes au même titre que l’Homme, le Gorille, le Chimpanzé ou le Bonobo.

Le Pongo abelii vit sur l’île de Sumatra (Indonésie) alors que le Pongo pygmaeus vit sur l’île de Bornéo (divisée entre la Malaisie, l’Indonésie et le Brunei). Des fossiles indiquent que la distribution géographique de ces primates s’étendait autrefois dans le sud-est asiatique et le sud de la Chine.

Le mâle dominant à flanges (ou disques faciaux) pèse environ 90 kg et mesure entre 100 à 140 cm ; la femelle pèse environ 50 kg et mesure entre 80 et 110 cm. Les mâles sans flanges  (qui ne sont pas encore dominants) ont une morphologie similaire à celle des femelles adultes. L’espérance de vie des orangs-outans est de 35 à 45 ans à l’état sauvage.

Herbivore à tendance frugivore, ce primate se nourrit essentiellement de fruits mais également de jeunes pousses, de lianes, de feuilles, et même d’écorces. Il complémente son alimentation végétale avec des insectes (fourmis, termites…), du miel, des œufs et parfois, mais très rarement, de petits vertébrés.

Cet « homme de la forêt » vit donc principalement en haut des cimes dans les forêts tropicales humides de basses terres, bien qu’on le retrouve parfois jusque sur les hauts plateaux à 2000 mètres d’altitude.

 

D’un pelage aux différentes teintes de roux selon son origine (Bornéo ou Sumatra), et suivant son sexe, l’orang-outan a la particularité d’avoir des bras longs et forts. Étant le plus arboricole des grands singes, ses membres lui sont d’une grande utilité. Il possède également des pouces opposables comme ses cousins, ce qui lui permet d’utiliser des outils ainsi que lui faciliter ses déplacements dans les arbres. Une autre des particularités de l’orang-outan est la présence de joues importantes chez le mâle dominant. Ces grands mâles arborent, en effet, des disques faciaux constitués d’amas graisseux au niveau des joues, signe de dominance et qui leur confèrent un visage lunaire.

 

 

 

L’orang-outan adulte vit en semi-solitaire hormis au moment de la reproduction, où femelles et mâles se retrouvent pour quelques jours.

La femelle vit seule avec son petit après l’avoir porté huit mois et demi (temps de gestation) et jusqu’à ce que ce dernier ait environ 8 à 10 ans. Particulièrement attentive, elle tisse avec son jeune un lien très fort.

© istock

Il arrive souvent, si une jeune femelle ainée vit encore avec sa mère, qu’elle participe à l’éducation du petit dernier. Cependant, la plupart du temps, les seules occasions qu’a le jeune orang-outan de jouer avec ses semblables sont les moments ponctuels où sa mère et d’autres femelles accompagnées de leurs petits se retrouvent autour d’un arbre fruitier.

Il en gardera un tempérament timide et réservé, ce qui ne l’empêchera pas de communiquer avec ses congénères comme avec cette fameuse vocalise propre au grand mâle, appelée « Long-call ». Ce long cri, très impressionnant, débute par une sorte de grondement sourd, se poursuit par un rugissement presque félin et s’achève en decrescendo par une suite de grognements et de soupirs. Très puissant, il s’étend jusqu’à 1 ou 2 km à la ronde et est amplifié par les disques faciaux qui jouent le rôle de réflecteurs paraboliques pour diriger le son.

Ce cri sert à signaler sa présence aux autres mâles pour que chacun respecte son aire de répartition, chaque mâle régnant sur un territoire de 1 à 5 km2, voir plus. C’est aussi un moyen qui permet aux femelles de localiser l’emplacement du dominant.

D’une nature tranquille, ses mouvements sont lents et réfléchis, ses gestes calmes et posés.

Avec son poids élevé, il fait fléchir la branche sur laquelle il se trouve et se balance jusqu’à attraper avec son long bras une branche voisine. Il progresse ainsi lentement à la recherche de nourriture.

Se déplacer d’arbre en arbre lui permet, en outre, d’être à l’abri des prédateurs au sol (félins et Homme principalement). Chaque soir, l’orang-outan confectionne un nid de branchages et de feuilles fraîches qui constituera sa couche. Ce nid devra être particulièrement confortable et moelleux car l’orang-outan, tout comme l’Homme, a le postérieur nu : il est dépourvu de callosités fessières comme en possède le chimpanzé par exemple.

Comme ses cousins,  l’orang-outan fabrique et utilise des outils. Il se sert notamment pour se nourrir d’une technique de « pêche » aux termites ou aux fourmis en introduisant une brindille qu’il aura préalablement dénudé afin qu’elle entre parfaitement dans les galeries des insectes. Il met également à profit cette méthode pour extraire le miel des ruches. Il utilise aussi des brindilles pour ôter des pépins récalcitrants des fruits, comme ceux du neesia par exemple.

La technique du « marteau” est, quant à elle, employée pour casser des morceaux de termitières.

 

 

Par ailleurs, il utilise de larges feuilles en guise de parapluie pour se protéger des averses tropicales ou bien encore pour amplifier ses vocalisations. En outre, il a été observé que les gammes de vocalises variaient entre les populations, comme un langage. Ces différents comportements acquis par certains individus du groupe et transmis aux autres, puis aux générations suivantes, sont la définition même de la culture. Plus de vingt comportements culturels ont ainsi pu être observés par les primatologues.

 

 

 

Malheureusement, ces êtres pacifiques, sentients (c.f. définition : www.ensemblepourlesanimaux.org/project/sentience-un-mot-a-connaitre-et-employer-sans-moderation), doux, brillamment intelligents, doués d’une grande sensibilité et que nous sommes enfin en train de mieux connaitre, sont extrêmement menacés. En effet, cette espèce est victime de la chasse. De nombreuses populations ont déjà été détruites à cause de la proximité des humains. Une autre menace majeure est la destruction et la fragmentation de leur habitat. Depuis les années 1990, la déforestation (principalement liée au développement de l’agriculture) et l’exploitation des ressources minières ont  terriblement restreint les forêts de Bornéo et Sumatra.

C’est pourquoi plus de 50% des orangs-outans vivent en dehors des zones protégées, au sein de forêts exploitées. N’ayant plus de corridors naturels et étant considérés comme des gêneurs, ces individus sont souvent abattus lorsqu’ils doivent traverser des palmeraies.

Les incendies parfois déclenchés pour augmenter la quantité de terre disponible accentuent encore le problème en prenant au piège et en brûlant souvent mortellement certains individus.

Aujourd’hui, sa situation est alarmante car il resterait à peine 20 000 individus à Sumatra et entre 60 000 et 100 000 individus à Bornéo. L’orang-outan est d’ailleurs sur la liste rouge de l’UICN (L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et est classé dans la catégorie « en danger critique ».

Ce que nous pouvons faire ici, pour les aider là-bas, est de soutenir les produits certifiés issus d’une production raisonnée et durable (bois exotique, huile de palme) comme la certification R.S.P.O qui a pour but de limiter l’impact de la culture sur l’environnement, dans le respect des populations locales et de la biodiversité.

Le boycott ne semble pas être la meilleure option en ces temps de surexploitations des ressources de notre planète car il faudrait alors produire d’autres huiles végétales ce signifie exploiter et détruire d’autres milieux et d’autres espèces.

L’industrie ne s’améliorera donc que si les consommateurs font pression en achetant des produits certifiés. Cela engendra que le marché impose aux producteurs l’achat d’huile certifiée uniquement. Les entreprises devront alors impérativement améliorer leurs pratiques, ce qui limitera la pression anthropique.

                                                                                                 ©Greg Hume

Charlotte Avril  le 16 octobre 2017

HUTAN et le Kinabatangan Orang-outan Conservation Project

                                                                                                    © Marc Ancrenaz

L’association française Hutan (qui signifie « forêt » en indonésien) a été créée en 1996 par la primatologue Isabelle Lackman et le vétérinaire spécialiste de la faune sauvage Marc Ancrenaz dans le but d’observer des orangs-outans et de définir si cette espèce pouvait s’adapter à la dégradation de leur milieu naturel.

 

En effet, lors de leur première visite en 1994, dans l’état de Sabah, partie malaisienne de l’île de Bornéo, les docteurs Lackman et Ancrenaz découvrent que certains orang-outans vivent dans des zones de forêts extrêmement dégradées par l’exploitation du bois ainsi qu’au sein de forêts fragmentées suite au développement agricole du palmier à huile et ce, alors que personne ne pensait cela envisageable.

 

 

Marc Ancrenaz

Forêt intacte                                                                                                                                     Forêt dégradée

Ils décident alors d’étudier ce phénomène pour savoir si les orangs-outans sont des survivants sur le point de disparaître ou si ces animaux pouvaient réellement et durablement survivre dans des zones fortement modifiées par l’homme, puisqu’ils avaient déjà été capables de modifier leurs comportements alimentaires et certaines de leurs habitudes.

                                                                                                                                          © Marc Ancrenaz

Après vingt années de recherche scientifique, les équipes de chercheurs de HUTAN démontrent que les orangs-outans ont une capacité d’adaptation aux modifications de leur milieu naturel que nous ne soupçonnions pas. Les animaux qui vivent dans les forêts dégradées et fragmentées de la Kinabatangan se reproduisent aussi bien que les populations trouvées au sein des forêts intactes équivalentes et semblent survivre dans ces milieux très anthropiques :

  • Les orangs-outans se déplacent au sol dans tous les milieux qu’ils occupent de façon beaucoup plus fréquente que nous ne l’envisagions récemment, ce qui leur permet donc de circuler au sein de milieux ouverts non forestiers.

 

  • Ils adaptent leur régime alimentaire aux ressources disponibles : principalement frugivores, les orangs-outans peuvent aussi manger des jeunes feuilles, des écorces ou des bourgeons, ressources communes dans les forêts dégradées de Bornéo. L’association a déjà répertorié plus de 350 espèces de plantes mangées par ces grands singes dans la Kinabatangan.

 

  • Les mâles sont plus permissifs envers leurs voisins : ils acceptent une sorte de cohabitation sur le même territoire et évitent les conflits alors que normalement les mâles sont plutôt exclusifs et bagarreurs dans d’autres populations.

                                                             © Marc Ancrenaz

Jusque-là, l’approche de conservation classique d’une espèce menacée a été de créer des zones protégées et de faire en sorte de minimiser les contacts entre Homme et animal. Cependant, nombre d’espèces ont besoin de vastes territoires et sortent de ces aires protégées pour essayer de survivre dans des zones limitrophes qui sont occupées et exploitées par l’Homme.

Ce constat ayant été fait, il est primordial de continuer d’étudier ces individus afin de comprendre leurs stratégies d’adaptation face aux transformations de leur habitat naturel et de mettre en place des modes et des pratiques de développement  permettant une meilleure cohabitation entre humains et orangs-outans.

L’une des missions d’Hutan est également la sensibilisation des populations locales aux enjeux de la conservation. Les communautés locales se trouvant en première ligne pour la gestion et la protection de leurs ressources naturelles, il est primordial de les équiper avec le savoir et les connaissances nécessaires pour ce faire.

Hutan contribue à l’essor de l’huile de palme durable et responsable afin de rendre plus compatibles conservation de la biodiversité et développement des ressources.

Cette huile étant devenue la première huile végétale produite et consommée au monde (utilisée notamment dans l’agro-alimentaire, les cosmétiques, les bio-carburants) sa culture est une source économique majeure des pays producteurs qui emploie des millions de travailleurs. L’association participera d’ailleurs à la révision des critères du label R.S.P.O (Roundtable on Sustainable Palm Oil) en 2018  pour que ces indices soient plus strictes.

Une exploitation de palmiers à huile

La Certification R.S.P.O. a été mise en place en 2004 à la suite du développement intensif de palmier à huile dans les années 1990 et a pour but de limiter l’impact de la culture sur l’environnement, dans le respect des populations locales et de la biodiversité. Sur un modèle de Table Ronde, tous les acteurs de cette filière : producteurs, transformateurs, négociants, distributeurs mais aussi O.N.G, banques, organismes de recherche, associations etc. participent aux échanges et œuvrent ensemble pour trouver un consensus. L’objectif étant de transformer les marchés pour que l’huile de palme durable devienne la norme et de garantir sa traçabilité.

Soutenir les produits certifiés issus d’une production raisonnée et durable est une des avenues possibles pour promouvoir la conservation d’espèces telles que l’orang-outan. En effet, l’industrie ne s’améliorera que si les consommateurs font pression. Cette dernière peut provenir du boycott (cependant, si nous ne consommions plus d’huile de palme, il faudrait produire d’autres huiles végétales ce qui veut dire exploiter et détruire d’autres milieux, d’autres espèces). Elle peut aussi provenir de la certification : si le marché impose aux producteurs uniquement l’achat d’huile certifiée, l’industrie devra impérativement améliorer ses pratiques pour répondre à cette demande.

 

 

www.hutan.org.my

www.rspo.org

 

 

Charlotte Avril, le 17 octobre 2017

Pour en savoir plus :

Le film documentaire « Green » réalisé par Patrick Rouxel

Les grands projets de conservation :

– Hutan : www.hutan.org.my

www.borneofutures.org

Les projets de réhabilitation :

– O.F.I. (Orangutan Foundation International) : www.orangutan.org

– B.O.S.F (Borneo Orangutan Survival Foundation) : www.orangutan.or.id

La R.S.P.O. (Roundtable on Sustainable Palm Oil) : www.rspo.org/certification