Maltraitance animale : L214 met en cause un élevage de poules en Vendée

L’association de protection animale L214 a diffusé le 30 mai, sur son site, les images d’un élevage de la société Les Oeufs Geslin. Il se situe dans la commune de Chauché en Vendée et appartient à un fournisseur d’œufs du groupe Panzani et de sa marque Lustucru.

Les images, tournées début mai 2017, montrent des poules poussées aux limites de leur résistance physique et des conditions sanitaires alarmantes. Dans un bâtiment contenant 160 000 poules, celles-ci sont déplumées jusqu’à l’extrême. Des parasites prolifèrent sur les œufs et sur les cadavres de poules gisant dans les cages. Certaines poules, gravement blessées, présentent un cloaque infecté et purulent. Les poules malades ou mourantes ne reçoivent aucun soin.

L’association interpelle cette fois, davantage que l’éleveur, un de ses clients, le groupe agroalimentaire Panzani (groupe espagnol Ebro Foods). « On demande à Panzani de prendre ses responsabilités », a déclaré à l’AFP Johanne Mielcarek, une des porte-parole de L214, en exhortant le groupe agroalimentaire à « s’engager à exclure les oeufs de poules en cage de leurs produits alimentaires ». Selon elle, cet élevage fournit à Panzani des produits à base d’œufs, qui peuvent notamment servir dans la fabrication des pâtes.

«L’association demande au groupe Panzani de cesser de s’approvisionner auprès de tout élevage de poules en batterie». De plus, L214 annonce également porter plainte contre l’élevage « pour maltraitance » auprès du tribunal de grande instance de La Roche-sur-Yon, avec une peine passible de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. En effet, l’élevage incriminé présente, selon l’association, « des non-conformités avec la réglementation imposant certains aménagements dans les cages, comme la présence de nids, d’un perchoir et d’une aire de picorage ». Or selon les vidéos de L214, cette dernière est absente au sein de l’élevage de Geslin. Finalement, elle compte aussi interpeller le fabricant de pâtes Panzani en organisant un rassemblement mardi 6 juin soir à Paris.

La direction du groupe Panzani n’étant pas joignable par l’AFP, dans l’immédiat, sa filiale Lustucru a toutefois posté un message sur son compte Twitter, le 30 mai, reconnaissant s’approvisionner auprès de la société propriétaire de l’élevage, mais assure toutefois que les œufs de l’exploitation concernée n’entraient pas dans sa chaîne d’approvisionnement.

Puis rajoute, le mercredi 31 mai, qu’elle est « fortement engagée dans un programme responsable sur le bien être animal » et qu’elle soutient l’élevage en plein air des poules avec l’objectif d’être à 100 % d’œufs hors cage au plus tard en 2025. Attitude félicitée par l’Association L214.

De son côté, l’éleveur mis en cause, Benoît Geslin, dénonce des « accusations de maltraitance et de négligence infondées », disant reconnaître le matériel de l’entreprise sur la vidéo de L214, mais dont « les images, choquantes, ne sont pas du tout le reflet de l’état sanitaire de notre exploitation ». « Nous sommes très bouleversés, très touchés », a déclaré ce dernier, qui a succédé à son père en janvier 2016 à la tête de cette entreprise familiale qui emploie 150 salariés sur différentes activités. « On a un suivi très rigoureux de notre cheptel » a-t-il ajouté. « Une inspection de routine la semaine dernière n’a rien montré de particulier » et « cet après-midi une nouvelle inspection des services vétérinaires, probablement diligentée par la préfecture, n’a révélé aucun écart » a assuré M. Geslin qui « attend avec impatience la remise du rapport officiel de cette inspection, mercredi ou jeudi matin ».

Le ministre de l’Agriculture, Jacques Mézard, a demandé à la direction départementale de la protection des populations (DDPP) de Vendée « de conduire rapidement des investigations poussées de cet élevage » et de prendre toutes mesures administratives éventuellement nécessaires ». « Une inspection récente d’un des bâtiments n’avait pas révélé de tels dysfonctionnements », a affirmé le ministère dans un communiqué, tout en admettant que les images diffusées par L214 « pourraient révéler des non-conformités sur la gestion des animaux malades ou parasités ainsi que sur l’enlèvement des cadavres. »

Dans le même temps, de plus en plus d’enseignes se sont déjà engagées ou ont fixé une date butoir pour l’arrêt de la distribution d’œufs de poules élevées en batterie : Monoprix, Auchan, Carrefour, Leclerc, Casino, Lidl, Picard, Sodexo, les hôtels Hilton ou Accor, McDonald’s, Michel & Augustin, Barilla… La liste des distributeurs bannissant les œufs de poules élevées en batterie peut être trouvée ici https://www.l214.com/distributeurs-bannissant-oeufs-batterie

Ces décisions vont de pair avec le contrat sociétal d’avenir en octobre dernier lancé par l’interprofession de l’œuf pour faire évoluer les modes d’élevage des poules pondeuses. Ce contrat vise à atteindre 50 % de poules en élevages alternatifs (bio ou plein air) d’ici à 2022, contre 68 % en 2017.

 

Miranda Sanson, 2 juin 2017

Bon à savoir

  • En France, 68% des poules sont élevées en batterie, c’est-à-dire qu’elles sont maintenues à vie dans des cages qui ne leur laissent même pas la place d’étendre leurs ailes sans se gêner les unes les autres. Ces élevages contiennent 16 poules/m² (l’équivalent d’une feuille A4 par poule !). Il n’y a pas de sortie à l’extérieur, les poussins mâles sont broyés ou gazés, les becs sont souvent coupés peu après la naissance et les poules sont abattues après un an de ponte (alors qu’une poule peut vivre 10 ans !). En effet, tous les élevages intensifs se débarrassent de l’intégralité de leurs poules pondeuses après un ou deux ans et demi maximum. D’une part, parce qu’ils doivent complètement désinfecter leur hangar régulièrement pour éviter les épidémies, et d’autre part parce qu’après leur première année, les poules pondent de moins en moins et sont donc moins rentables. Les carcasses des poules pondeuses ne sont pas présentables pour la consommation. Leur chair devient donc des bouillons cube « à la poule », soupes au poulet, remplissage de raviolis, saucisses, etc.
  • Les règles de marquage et d’étiquetage pour la vente des oeufs sont harmonisées au sein de l’Union européenne. Conformément à la directive 2002/4/CE, sur chaque oeuf figure obligatoirement le code producteur : ce code donne des informations sur la provenance des oeufs. De même, sur l’emballage figure la mention du mode d’élevage.
    • Code 3 – en cage/en batterie
    • Code 2 – au sol
    • Code 1 ou 0 – en plein air/bio

Sources

https://www.l214.com/elevage-intensif-poules-pondeuses

http://www.lafranceagricole.fr/actualites/ufs-de-consommation-la-filiere-se-prepare-asortir-des-cages-1,1,2530257424.html

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/poules-pondeuses-maltraitees-panzani-ne-veut-plus-d-oeufs-en-cage_1913478.html

http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/30/l214-epingle-un-elevage-de-poules-en-vendee-et-interpelle-panzani_a_22116619/

http://alimentation-generale.fr/economie/fillieres/l214-denonce-un-elevage-de-poules-vendeen-et-interpelle-panzani