Massacre et braconnage d’une famille de chimpanzés en République de Guinée

Deux trafiquants ont été arrêtés le 20 décembre 2017 par le Corps des Conservateurs de la Nature aux abords de Mamou en République de Guinée. Les deux présumés braconniers, Lancinet Kourouma et Momo Mansaré, ont pris pour cible et massacré une famille de chimpanzés afin de capturer le plus jeune. Pour maîtriser ce dernier, les deux hommes ont tué sa mère et torturé sa sœur qui tentait de le défendre, avant de l’embarquer elle aussi. Selon les agents de la Section Eaux et Forêts de Oure-kaba, ce trafic aurait été commandité par un caporal de l’armée guinéenne, Mathieu Bilabo, à destination d’un Général de l’armée en question. Le caporal aurait promis en échange une intégration au sein de l’armée guinéenne pour les deux braconniers. Il est important de rappeler que le trafic d’espèces sauvages est fréquent au sein de l’armée nationale.

« C’est dans la localité de Sogoroya que ces deux jeunes, en compagnie de leurs chiens, ont attrapé le bébé chimpanzé après avoir tué sa maman. Mais avant de mettre la main sur le bébé, les jeunes hommes ont passé une chaude bataille de trois heures avec la grande sœur du bébé qui se vengeait de la mort de sa maman mais également pour défendre sa jeune sœur. Aidés par leurs chiens, les jeunes hommes ont pu vaincre le chimpanzé gravement blessé.» décrit le chef cantonnement forestier de Oure-kaba, Amadou Baïlo Diallo.

Le jeune chimpanzé a été confié au sanctuaire du C.C.C. (Centre de Conservation des Chimpanzés) dans le parc de Faranah mais sa sœur est malheureusement décédée de ses blessures. Les corps de la mère et de la fille ont été transférés à Oure-kaba-centre pour les besoins de l’enquête et ont ensuite été inhumés.

Les deux trafiquants ont été déférés à la Maison centrale de Mamou. La décision prise à la suite de leur procès a été confirmée le 30 janvier dernier : les deux hommes ont écopé d’une peine d’un an de prise ferme, une amende de 100 milles francs guinéens chacun et de deux amendes communes, l’une de 150 millions de francs guinéens en dommages et intérêts à l’État guinéen et la seconde de 250 millions de francs au centre de protection des chimpanzés. « Bien que les ONGs qui protègent les chimpanzés soient contentes du verdict, la population s’étonne des peines encourues par les deux coupables » a toutefois rapporté le journal Guineetime.

« Malgré les campagnes de sensibilisation sur la protection des grands singes en Guinée suivies d’arrestations fréquentes qui font souvent l’objet de jugement et de condamnation de trafiquants, la criminalité faunique et le massacre horrible des chimpanzés, nos plus proches cousins, continue, bien que globalement le trafic international de chimpanzés connait une nette diminution en Guinée du à la répression constante. » écrit Tamba Fatou Oularé de GALF (Guinée Application de la Loi Faunique).

En effet, la sous préfecture d’Oure-kaba avait par le passé reçu l’Institut Jane Goodall qui avait sensibilisé la population sur les enjeux de la préservation des chimpanzés et avait également créé des projets générateurs de revenus dans ce même but. Mais les chimpanzés, bien que protégés, sont toujours extrêmement menacés par le braconnage.

La Guinée reste actuellement une plaque tournante du trafic international d’espèces sauvages malgré les efforts du gouvernement.

«Le commerce illégal d’espèces sauvages est un crime organisé transnational. Il occupe le 4 ème rang du commerce illicite dans le monde, amassant des bénéfices d’environ 20 milliards de dollars chaque année. » rappelle Tamba Fatou Oularé.

 

Gabrielle Montier, le 7 février 2018

 

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