L'animal du mois

Le chat (Felis silvestris catus)

Biologie du chat

Carnivore strict, le chat domestique (Felis silvestris catus) est un petit mammifère qui pèse en moyenne 4 à 5 kilos, mesurant 46 à 50 cm, avec une queue qui est d’une longueur égale en général à la moitié du corps.

Il a la particularité d’avoir cinq doigts aux pattes antérieures dotés de griffes rétractiles (qui ne s’usent qu’en griffant), et quatre aux pattes postérieures dont les griffes ne sont pas rétractiles et s’usent régulièrement en marchant.

Il atteint sa maturité sexuelle dès le 4ème mois, date à partir de laquelle des gestations sont possibles, d’une durée de 65 à 68 jours, en moyenne. Les portées comptent de 3 à 4 chatons, généralement.

La durée de vie des chats vivant dans nos foyers est en moyenne d’une quinzaine d’années, mais il n’est pas rare de voir des chats vivre 18 ou 20 ans, et plus. Cette espérance de vie est beaucoup plus élevée que celle des chats errants, harets ou libres, n’étant pas toujours stérilisés, ni ne recevant une alimentation équilibrée et des soins médicaux.

Pour ces chats, l’espérance de vie se situe plutôt aux alentours de 5 ans, avec des décès des suites d’accidents de la route, de piégeages, d’empoisonnements et de maladies infectieuses.

 

 

Cinq sens très développés

Le chat est avant tout guidé par son olfaction puis sa vision.

Il dispose de 67 millions de cellules olfactives, réparties sur 20 cm2 de sa muqueuse nasale. C’est un macrosmique comme le chien, c’est-à-dire qu’il a une grande capacité de discrimination des odeurs.

Il est pourvu d’un organe de Jacobson, un petit canal qui relie directement son palais dur à son cerveau (au niveau de l’ethmoïde), permettant de justifier qu’il ne puisse pas sentir quelqu’un et qu’il l’ait surtout dans le nez! Il est capable quand une odeur est forte (agréable ou non) de la respirer mais également en entr’ouvrant la gueule d’avaler une bouffée d’air, qui va être projetée par sa langue sur le palais dur, laissant les molécules odorantes aller jusqu’aux cellules olfactives réceptrices du cerveau) on appelle cette séquence le flehmen,  que les chevaux utilisent également.

Son champ de vision binoculaire est de 90 à 130 degrés, son champ panoramique  de 200 à 280 degrés. Les chats perçoivent le bleu et le vert, mais on ignore si le rouge est véritablement perçu comme tel. Ils sont particulièrement sensible aux contrastes et aux mouvements, ont besoin de six fois moins de luminosité que nous pour obtenir une image aussi nette, la nuit. Ils sont donc beaucoup plus facilement éblouis et gênés par les lumières vives que nous, leur pupille verticale étant capable de se contracter totalement pour ne plus laisser qu’une ouverture pas plus grande qu’un fil. Au contraire la nuit, leurs pupilles sont largement ouvertes, et leur membrane choroïdo-rétienne, composée de cellules particulières, formant le tapetum lucidum, réfléchissent la lumière et leur permettent d’avoir une très bonne visibilité.

 

Ils sont également aidés dans leurs déplacements par leurs moustaches, qu’on appelle des vibrisses, disposées de part et d’autre du museau en 4 rangées, mais aussi de chaque côté des joues, au-dessus des yeux et sur les antérieurs, en haut du carpe, à la hauteur du 5ème coussinet, en regard du doigt libre.

Les vibrisses sont des poils d’un diamètre important, reposant sur des cellules nerveuses et un amas de minuscules vaisseaux sanguins, le tout leur donnant une mobilité remarquable (comme un culbuto, actionné volontairement ou de façon réflexe), et communiquant sans cesse avec le cerveau. Les vibrisses sont capables de détecter les colonnes d’air, les reliefs, et permettent aux chats de se déplacer même dans l’obscurité sans se cogner contre les obstacles.

Comme les poils, mais avec une fréquence moindre, les vibrisses tombent naturellement et repoussent.

Elles contribuent à évaluer les gradients de chaleur et de turbulence, et à assurer l’équilibre naturel du chat, qui est aidé également lors de ses sauts et déplacements en hauteur, par le rôle de balancier de sa queue.

Le réflexe de retournement du chat – qui a été le héros bien malgré lui de la chronophotographie à la fin du XIXème siècle – n’est possible que lorsque le chat tombe d’une certaine hauteur et avec la colonne vertébrale parallèle au sol. Beaucoup de chats retombent bien sur leurs pattes, en sautant d’un arbre ou d’un muret, sans se faire mal, grâce à la souplesse de leurs ligaments et articulations. Mais trop de chats sont malheureusement victimes de chutes, entraînant leur mort ou des traumatismes graves. Donc contrairement à l’adage, tous les chats ne retombent pas sur leurs pattes.

Le chat a une sensibilité auditive comparable à celle de l’homme, de 45 à 64 000 cycles/seconde, même si on pense qu’il perçoit jusqu’à 100 000 cycles/s. Le moindre bruit peut le faire sursauter. Il peut localiser, à 5° près, l’endroit d’où est émis un son en face de lui ; il reconnaît également les sons parfaits, les différences de 36 à 81 Hz, voire seulement 15 Hz.

Enfin, il est très sensible au toucher, avec un pelage dont chaque racine de poil est relié à son système nerveux. Certaines zones sont plus sensibles que d’autres, comme les lombes (le bas du dos) ou le ventre. Lorsqu’un chat se roule sur le dos, offrant son ventre au regard, c’est un signe de joie et de confiance, qui n’appelle pas forcément la caresse.

Son goût est très développé grâce à plus de 400 bourgeons gustatifs sur sa langue. Il aime ou il n’aime pas et préfère avoir faim plutôt que manger quelque chose qui ne lui revient pas. Il est sensible aux trois saveurs fondamentales (salé, doux, amer) et à l’umami (うまみ), le goût du savoureux ; il présente la particularité d’être sensible au goût de l’eau, qui n’est pas pour lui totalement insipide. En revanche, il est dépourvu de fibres gustatives pour le sucré, mais dispose de fibres gustatives pour le lactose. L’amertume d’un produit (souvent présente dans des médicaments ou des substances toxiques) est très vite perçue par le chat, beaucoup plus sensible que nous, et provoque un dégoût souvent immédiat.

Le chat est également apte à reconnaître l’oxydation des matières grasses, qui lui fait refuser avec raison les croquettes périmées. 

Des besoins spécifiques

Le chat domestique dort de 14 à 16 heures par jour, s’alimente très souvent, de 10 à 19 fois par jour, en faisant de tous petits repas. C’est un grignoteur de nature, chasseur opportuniste quand il doit subvenir lui-même à ses besoins. C’est un buveur modéré, qui apprécie une eau fraîche, renouvelée. Cependant, avec une alimentation sèche, il n’arrive jamais à boire à la hauteur de ses besoins en eau. L’alimentation humide lui apporte naturellement une eau qu’il métabolise plus facilement quand elle est mangée que lorsqu’elle est bue, ce qui justifie pleinement de lui donner une alimentation variée en textures, humide et sèche, dans des écuelles différentes. Lorsqu’il vit à nos côtés, le chat consacre au moins 2 heures par jour à jouer, observer, explorer et faire travailler autant ses muscles que ses neurones.

 

En appartement, sa propreté naturelle nécessite de mettre à sa disposition deux bacs à litière, installés dans des endroits calmes, accessibles 24H sur 24. Les bacs seront entretenus quotidiennement. Il a aussi besoin d’avoir accès à des postes d’observation en hauteur (arbres à chats, armoires, étagères, tables), pour s’adonner à son activité favorite, observer son environnement. La 3D est sa dimension préférée !

Sélection des races

Une des particularités du chat est de n’avoir connu quasiment aucune modification physique malgré et grâce à sa domestication. Car sa fonction, depuis la nuit des temps, est celle d’un chasseur de petits rongeurs, qui veille sur le grain et sur la salubrité des habitations. Nos chats d’aujourd’hui sont remarquablement identiques aux chats d’il y a 11.000 ans et plus. En regardant le Chat sauvage africain aujourd’hui on reconnaît immédiatement tous les chats.

La seule réelle influence que l’homme se soit permise, sur un animal que tous s’accordent à élever au rang d’œuvre d’art vivante, se situe au niveau de la sélection des mutations des couleurs et des pelages. Mais parfois des modifications morphologiques de la face, dans ce qu’on appelle les hypertypes, par exemple chez certains Persans, causent de graves problèmes de santé et de bien-être, tout comme les mutations à effet esthétique et délétère pour le Scottish Fold et le Manx. La communauté vétérinaire féline se désole depuis longtemps de ces dérives et sensibilisent fortement les éleveurs sur ces questions.

(https://icatcare.org/advice/cat-health/brachycephalic)

Chaque pays a sa ou ses races de chats, que les expositions félines ont popularisées.

L’Angora, rapporté d’Orient par des commerçants esthètes au XVIIème siècle, a de tous temps fasciné; il a  apporté à ses cousins occidentaux les poils longs, la fourrure soyeuse et fournie. Et son tempérament pacifiste, qui en fait un très piètre chasseur!

Ce sont les Anglais qui les premiers vont sélectionner des chats, en donnant ses lettres de noblesse aux chats des rues britanniques : le British s’impose à la fin du XIXème siècle lors de la 1ère exposition internationale à Londres. Puis donne naissance à la première race, le Persan, croisement d’un Angora et d’un British.

Les Siamois arriveront des colonies britanniques, et le Chartreux comme les chats Sacrés de Birmanie bénéficieront d’une légende qui auréole encore aujourd’hui les deux races, qui ne doivent rien à des religieux.

Arriveront ensuite le Maine Coon des Etats-Unis, le Norvégien de Scandinavie, autant de races qui sont répertoriées et présentes sur le site du Livre Officiel des Origines Félines, http://www.loof.asso.fr

Les chats en France

Aujourd’hui le chat est le premier animal de compagnie en France avec plus de 13 millions d’individus recensés, sans compter les chats errants (socialisés à l’homme puis abandonnés et en état d’errance) et les chats harets (nés en extérieur, sans avoir été socialisés à l’homme).

Même s’il fait l’objet d’articles, d’ouvrages, d’émissions, de films ou de séries de télévision le chat n’est pas toujours reconnu entièrement comme il le devrait.

Ainsi, alors que l’identification est obligatoire depuis déjà des années, i-Cad, le registre officiel d’identification ne recense que 5,8 millions de chats dans sa base de données.

La non-identification des chats leur coûte souvent la vie, lorsqu’ils sont capturés comme errants et arrivent en fourrière. Chaque année, le Ministère de l’Agriculture publie les chiffres de leur devenir, et pour 2016, 52% des chats arrivés en fourrière, en métropole, ont été euthanasiés (soit 8324 chats en métropole pour 2016). Alors qu’un chat identifié, errant sur la voie publique, peut retrouver son maître rapidement, tous les vétérinaires, refuges, pompiers étant équipés des lecteurs de puces électroniques avec accès au fichier d’i-Cad.

Il faut donc, en 2018, rappeler aux personnes qui accueillent un ou plusieurs chats dans leur foyer que leur carte d’identification, véritable carte d’identité féline, est obligatoire et peut leur sauver la vie.

Une des causes majeures d’abandons, malheureusement trop fréquents, est la survenue d’une portée non désirée, lorsque la stérilisation n’a pas été réalisée à temps. Les chatons se trouvent abandonnés, avec ou sans leur mère, parfois même devant les portes des refuges.

© Anne-Claire Gagnon

Intelligence du chat : entre espièglerie et sagesse !

Toute personne vivant avec un chat sait combien son compagnon est intelligent, avec des talents pourtant différents d’un individu à l’autre.

Pour autant, la science a mis bien des années à reconnaître aux chats de compagnie des compétences pourtant largement utilisées lorsque les chats sont des modèles expérimentaux, contribuant ainsi à faire progresser les résultats de la recherche.

 

Le collaborateur zélé des psychologues

Ainsi, le plus célèbre d’entre eux fut certainement un chat anonyme, affamé pour l’occasion, que le psychologue Thorndike utilisa dans une « boite à problèmes » (vidéo en anglais).

C’est grâce à ce chat, et à l’incrédulité du scientifique, qui ne pensait pas que d’un seul regard il ait pu comprendre la subtilité de son dispositif expérimental, que Thornidke put établir qu’on apprenait grâce à nos essais et nos erreurs. Généralisant ainsi la forme d’apprentissage de ce brave chat à tout le genre humain.

Avec un corolaire que le bon sens populaire avait déjà popularisé par cet adage « Chat échaudé craint l’eau froide« . Car les échecs sont beaucoup plus pédagogiques que les réussites, et nous font parfois généraliser un échec à tout élément s’y rapportant.

 

Pédagogue malgré lui

Grâce à ses travaux, Thordnike est devenu Président de la société des psychologues américains et il inspira Skinner, qui développa une autre boîte, dont est sortie la notion de conditionnement opérant, c’est-à-dire que tout comportement qui n’est pas renforcé s’éteint, et tout comportement qui est renforcé perdure.

L’exemple le plus simple, c’est le chat qui miaule au milieu de la nuit. Pour obtenir à manger, des câlins, qu’on lui ouvre la porte (de la chambre, du jardin, etc.). Et qui chaque nuit recommence puisque chaque nuit dans la maison l’un de vous répond, bouge, se lève et donc répond aux miaulements du chat, qu’il renforce, CQFD! La clé de la tranquillité est un véritable exercice de méditation, qui consiste à rester totalement silencieux. 

 

 

Apprentissage et mémorisation

Les capacités d’apprentissage et de mémorisation des chats sont immenses et font l’objet chaque jour d’un archivage et d’une mise à jour de ses conduites en fonction de ses expériences. Malgré ses compétences,  l’éducation et l’apprentissage sont moins connus chez les chats que chez les chiens pour deux  raisons simples : il faut la convergence de qualités de patience et de motivation exceptionnelles pour les chats comme pour les éducateurs qui travaillent avec eux.

Le chien aime tellement faire plaisir qu’il est prêt, disons-le, à presque tout pour être félicité. Le chat demande à voir, à comprendre, à partager. En bref, il faut qu’il soit motivé, qu’il soit un véritable partenaire.

 

Un caractère bien trempé

La motivation est une notion, en psychologie expérimentale, qui a été identifiée et reconnue chez les chats. Or, pour être motivé, il faut avoir de l’intelligence et du caractère, surtout quand les friandises ne sont pas forcément un des principaux moteurs comme elles le sont pour nos amis les chiens.

On distingue le tempérament pour les différences comportementales individuelles qui s’expriment précocement, et la personnalité pour les caractéristiques comportementales qui se forgent selon l’environnement, au cours de la vie, en fonction des expériences et de l’environnement dans lesquels vivent les chats. Raison pour laquelle on peut dire qu’on a les chats que l’on mérite, selon la qualité d’environnement et de confiance qu’on leur offre, sans pouvoir toujours leur faire oublier les traumatismes précoces qu’ils ont subi avant de nous rencontrer.

 

 Des compétences cognitives validées

Une équipe québécoise a pu montrer que les chatons pouvaient retrouver un objet caché d’abord devant eux, puis à un moment où ils ne le regardaient plus. Les chats ont donc accès au concept dit de permanence de l’objet, important en psychologie infantile. Sur l’échelle de Piaget, qui évalue l’intelligence des enfants, les chats arrivent au stade 5 b, soit celui d’un enfant de 8 ans.

Mais évaluer et comparer sont des notions bien humaines, relevant de critères objectifs pour qui sait écrire, lire, parler. Le test du miroir est ainsi resté longtemps le test de référence en matière de conscience de soi-même. Or on a récemment montré, chez les chiens, que leur miroir pouvait être olfactif et qu’en leur soumettant deux odeurs, la leur et la même légèrement modifiée, les chiens étaient tout à fait aptes à distinguer l’erreur.

 

Comprendre la logique des chats

 Les études en matière d’intelligence féline se multiplient depuis quelques années, au fur et à mesure que les chercheurs trouvent des situations suffisamment motivantes pour les  chats, qu’on soupçonne d’être un brin espiègles en poussant les chercheurs à faire preuve d’intelligence eux-mêmes!

Une étude a ainsi  pu établir que les chats évaluaient bien les quantités de morceaux de viande à manger, en fonction de leur taille et de leur nombre.

Les chats reconnaissent également les bruits et les choses auxquelles ils sont associés, mais sont très intrigués quand il y a une discordance entre les deux (comme les coquillettes ou les grains de riz alors qu’ils espéraient des croquettes !). Les mamans chattes, elles,  reconnaissent parfaitement leurs chatons qu’elles distinguent de ceux des autres mais quand elles les entendent pousser un cri de détresse, elles décident de porter assistance à tous, témoignant ainsi d’une compassion en action. J’entends, j’analyse, j’agis !

Une jolie preuve que les chats ne sont pas égoïstes.

Une étude a comparé l’attitude des chiens et des chats à qui on présente une friandise cachée dans un petit pot, ficelé sous un banc. Si les chiens demandent immédiatement de l’aide d’un regard à leur maître, les  chats tentent de résoudre eux-mêmes le problème avant de solliciter leur entourage.

L’ensemble des études qui sont publiées souligne la difficulté à motiver les chats lors de tests réalisés chez eux ou en universités, alors qu’au naturel ils ne manquent ni de créativité ni d’imagination pour résoudre les milles difficultés de la vie quotidienne mais aussi pour vivre en bonne intelligence avec nous. Arrêtons de chercher des preuves, soyons curieux comme eux et observons-les attentivement. Nous avons mille choses à apprendre en leur compagnie !

 

Sources :

Bánszegi O, Urrutia A, Szenczi P, Hudson R. More or less: spontaneous quantity discrimination in the domestic cat. Anim Cogn. 2016 Sep;19(5):879-88.

Bánszegi O, Jacinto E, Urrutia A, Szenczi P, Hudson R. Can but don’t: olfactory discrimination between own and alien offspring in the domestic cat. Anim Cogn. 2017 Jul;20(4):795-804

Miklósi A, Pongrácz P, Lakatos G, Topál J, Csányi V. A comparative study of the use of visual communicative signals in interactions between dogs (Canis familiaris) and humans and cats (Felis catus) and humans. J Comp Psychol. 2005 May;119(2):179-86.

Takagi S, Arahori M, Chijiiwa H, Tsuzuki M, Hataji Y, Fujita K. There’s no ball without noise: cats’ prediction of an object from noise. Anim Cogn. 2016, 5, 1043-7

Vitale Shreve KR, Udell MA. What’s inside your cat’s head? A review of cat (Felis silvestris catus) cognition research past, present and future. Anim Cogn. 2015 Nov;18(6):1195-206

Un long compagnonnage

L’origine des chats à nos côtés remonte à plus de 12.000 ans. Et, dès cette époque, les relations qui se sont établies entre eux et nous ont toujours été basées sur une complémentarité, une relation fraternelle en quelque sorte, même si, au cours de l’Histoire, les hommes n’ont pas toujours été des modèles d’humanité avec les chats.

C’est en 2004, grâce à la publication et au travail de Jean-Denis Vigne (Archéozoologue au Muséum national d’Histoire naturelle) que l’on a découvert que la domestication du chat date au moins de 11.000 ans, alors qu’on croyait ce compagnonnage bien plus récent, relaté par sa présence en Égypte il y a 6000 ans. En exhumant à Chypre une sépulture où sont unis pour l’éternité un homme et un jeune chat, on a pu comprendre comment les chats, amenés par bateaux sur cette île, ont développé des relations spécifiques avec les humains.

Tombe de Shillourokambos d’un homme et d’un chat

Trois berceaux de domestication du chat se sont développés à des époques différentes. Au Levant, avec le chat de Chypre, venu d’Orient, en Égypte beaucoup plus tard avec le chat ganté d’où viennent nos chats européens, et en Chine du Nord également, où des restes osseux félins ont été identifiés dans les déchets, attestant de leur consommation vers 4500 ans avant notre ère, mais aussi dans des nécropoles, 3500 ans avant J.C., dans un contexte beaucoup plus amical, attestant d’une véritable relation entre l’homme et le chat du Bengal, Prionailurus bengalensis. Lequel, d’un format identique aux chats gantés d’Égypte et d’Asie, n’a pas eu la popularité de son cousin actuel, et semble s’être éteint alors même que la Route de la Soie apportait en Chine des chats occidentaux, exotiques.

 

Des indices archéozoologiques parcellaires

Comme l’a souligné Jean-Denis Vigne, lors de la Journée d’Étude sur le Chat, au Palais du Luxembourg le 26 octobre 2017,  « dans les trois foyers de domestication connus des petits félidés, le processus de domestication, déclenché par le développement de l’agriculture et des inévitables cortèges murins qui l’accompagnent, semble avoir pareillement emprunté la voie du commensalisme (Malek 1993, Zeder 2012, Larson & Burger 2014, Vigne 2014) : l’accumulation de déchets et de stocks agricoles attire les muridés, qui eux-mêmes attirent dans les villages leurs principaux prédateurs, notamment les chats. »

On comprend la difficulté à suivre précisément l’arrivée des chats à nos côtés pour l’archéozoologie, une discipline récente. Identifier des ossements de chats au milieu d’autres éléments demande d’y porter un intérêt particulier, ce que n’ont pas toujours fait les équipes d’archéologues au cours des siècles précédents. Hormis bien sûr pour les spectaculaires momies égyptiennes de chats.

La réalisation de ces momies faisait partie malheureusement d’un commerce, avec des élevages de chats, pas toujours nourris correctement et surtout sacrifiés jeunes (souvent avant le 5ème mois). Certaines momies étaient plus grandes que le chat lui-même, voire ne contenaient pas de chats, trompant le pèlerin sur son achat.

Au-delà de cette utilisation « artistique » et votive des chats, les Égyptiens de l’Antiquité ont entretenu avec les chats des relations d’affection, qui ont souvent suscité les moqueries des Romains.

© Mbzt

Des relations contrastées

Nos chats actuels viennent de leur ancêtre, Felis silvestris lybica, le chat ganté africain et la présence du chat est attestée en France depuis l’âge du Fer, époque où les souris apparaissent également, l’un semblant de pas aller sans l’autre.

Au Moyen-âge, les chats ont souvent été l’objet de sévices, car on les associait aux sorcières et à des rites sataniques. La caractéristique de leur membrane choroïdo-rétinienne, avec son tapetum lucidum, qui rend leurs yeux brillants la nuit a malheureusement contribué à ces légendes d’un autre âge, alors que pendant plus de 70 ans cette même particularité physiologique a permis chaque nuit de sauver des vies humaines sur les routes avec le Cat Eye, inventé en 1933 par Percy Shaw. Cet inventeur a eu l’idée de mettre une plaque d’aluminium derrière des lentilles de verre, pour réfléchir la lumière des phares la nuit ; ce sont ainsi les réflecteurs œil-de-chat ronds qui sont rouges sur nos vélos, verts ou blancs sur nos routes.

Mais heureusement tous les chats n’étaient pas traités à la même enseigne, comme pour Pangur, le chat d’un moine irlandais, à qui fut dédié un magnifique poème, Belaud, le chat de Joachim Du Bellay et la chatte de Ste Claire, dont le souvenir est intact, notamment sur les mosaïques à Naples du Monastero Santa Chiara.

C’est avec le Siècle des Lumières que les chats gagnent la reconnaissance qu’ils méritent, devenant véritablement les compagnons de l’homme en Occident.

 

 

Anne-Claire Gagnon, Docteur vétérinaire & comportementaliste pour chats

Le 29 janvier 2018