Le Harfang des neiges (Bubo scandiacus)

BIOLOGIE

Le harfang des neiges fait partie des plus gros hiboux. Il constitue un maillon important de son écosystème et représente l’adaptation comportementale et morphologique parfaite face à un environnement rude et complexe. À l’état sauvage son espérance de vie est d’environ 10 ans.

La femelle harfang des neiges est plus grande que le mâle (2.3 kg contre 1.8 kg environ) comme la plupart des rapaces diurnes et des hiboux mais à l’inverse de la plupart des autres familles d’oiseaux. En moyenne les individus de cette espèce mesure 55 à 70 cm de haut, 142 à 166 cm d’envergure, pour 1,6 à 2,5 kg. Le mâle adulte est presque entièrement blanc alors que la femelle est plus sombre et arbore des plumes striées de brun foncé. Chez le harfang mâle le disque facial blanc est à peine perceptible.

Le harfang des neiges est habituellement silencieux en dehors de la période de reproduction. À l’inverse durant cette saison le chant du mâle est monotone avec des notes rudes et puissantes, pouvant ressembler à l’aboiement d’un chien. Les femelles produisent un son semblable mais plus aigu et guttural. Elles émettent également des cris stridents ressemblant à ceux des oisillons.

Ces oiseaux possèdent une épaisse couche de duvet recouverte de plumes pour isoler leur corps du froid, y compris les pattes et les doigts. Cela permet de maintenir une température corporelle entre 38 et 40°C alors que les températures extérieures peuvent descendre jusqu’à -50°C. Les aigrettes caractéristiques des hiboux sont atrophiées chez les harfangs des neiges ce qui leur donne un profil rond. Leur bec noir est entouré de nombreuses plumes. Leurs grands yeux jaunes sont également encerclés de plumes qui quant à elles sont rigides et réfléchissent les ondes sonores vers les oreilles situées à l’arrière. Le harfang a une ouïe très développé ce qui lui permet de détecter ses proies dans la pénombre, cet oiseau chassant aussi bien de nuit que de jour. Ce hiboux a également une très bonne vue et peut voir de petits objets sur de longues distances. Il peut également estimer les distances de façon précise.

HABITAT

Le harfang des neiges peuple la toundra arctique où se trouve une végétation discontinue. Il niche souvent à proximité des côtes et en dehors de la période de reproduction occupe des paysages ouverts situés à proximité du littoral marin.

L’aire de répartition des harfangs est circumpolaire, du Kamtchakta à la Norvège en passant par l’Alaska. Les populations de cette espèce de hibou est principalement concentrée en Russie et au Canada. En hiver, les oiseaux migrent plus au sud et atteignent le nord des Etats-Unis, le sud de la Scandinavie, les pays baltes et peuvent presque atteindre les frontière de la Chine. Si les conditions sont particulièrement rudes ils peuvent descendre encore plus au Sud.

Des fouilles archéologiques ont mis en évidence la présence de cette espèce sur le territoire français il y a 15 000 ans environ, notamment dans la plaine d’Aquitaine.

© IUCN brun clair : aire de présence hors saison de reproduction
brun foncé : aire de présence pendant la saison de reproduction

ALIMENTATION :

Les harfangs se nourrissent principalement de petits mammifères comme les lemmings et les campagnols mais peuvent également chasser des oiseaux (canards, échassiers, …), des insectes, des crustacés et des poissons. Ils peuvent aussi être des charognards occasionnels. Les proies sont mangées sur le sol, avalées entières pour les plus petites tandis que les plus grosses sont découpées en morceaux et les oiseaux partiellement déplumés avant d’être ingurgités. Les harfangs des neiges chassent depuis un perchoir puis planent silencieusement sur de longues distances avant de saisir leur proie. Une fois ingéré les sucs gastriques digèrent la chair de l’animal tandis que les os, les dents, la fourrure et les plumes sont comprimés en pelotes qui sont régurgitées 20 heures plus tard. Pour subvenir à ses besoins un harfang des neiges doit capturer approximativement sept à douze rongeurs par jour soit environ 350 par mois.

Comportements et reproduction :

Les harfangs des neiges sont des rapaces diurnes. On peut fréquemment les retrouver perchés sur un rocher ou un monticule de terre. Ce sont notamment de très bons marcheurs et peuvent courir vite. En période de reproduction le mâle marque son territoire en chantant depuis une position élevée où il effectue des vols de parade qui sont accomplis par une alternance de battements et de vols planés les ailes maintenues en « V ». Il termine sa parade en se laissant tomber verticalement vers le sol. Les mâles sont particulièrement agressifs sur leur aire de nidification.

La saison de reproduction des harfangs des neiges débute à partir de février-mars. Ils nichent une fois par saison mais ne se reproduisent pas systématiquement tous les ans, cela variant en fonction des ressources alimentaires disponibles. Le nombre de jeunes couvés dépend également de ce critère. Leur territoire s’étend généralement sur une surface de 3 km² mais peut fluctuer selon les ressources disponibles et la densité de population. Le nid des harfangs se trouve au sol. C’est une légère excavation creusée sur un monticule au milieu des plaines ouvertes afin de permettre une vue dégagée. La ponte se produit entre mai et juin. La femelle dépose trois à onze œufs au sein du nid. Les oeufs sont pondus avec 24 à 48 heures de décalage. Elle couve ensuite de manière continue tandis que le mâle lui apporte des ravitaillements et remplit des stocks de nourriture près du nid. L’incubation dure environ 32 jours. Les œufs éclosent à quelques jours d’intervalle les uns des autres maintenus au chaud par la femelle. Quand la couvée atteint trois semaines celle-ci reprend la chasse et aide le mâle à nourrir leurs jeunes.

Les oisillons commencent à se déplacer à l’âge de deux semaines et quittent le site entre 18 et 28 jours après l’éclosion, avant même de savoir voler. Les premières tentatives de vol débutent vers l’âge de 35 jours mais les jeunes ne savent réellement voler qu’entre 50 à 60 jours. Les oisillons restent au sein de leur famille pendant encore deux à trois mois. Les harfangs des neiges atteignent la maturité sexuelle dans leur première année de vie mais ne se reproduisent qu’à la fin de leur deuxième année.

Menaces et protection :

La population totale estimée pour cette espèce est d’environ 200 000 individus mais serait en forte baisse. Les harfangs des neiges sont classés vulnérable par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

L’espère ne pose pas de problème majeur aux activités humaines mais est fortement dépendante des ressources alimentaires présentes sur leurs lieux de répartition et leurs populations fluctuent fortement en fonction de ce critère. Malgré cela, la mobilité du harfang lui permet de se déplacer dans des zones qui lui sont plus propices.

Le harfang des neiges a peu de prédateurs. Les oisillons et les œufs peuvent parfois être prédatés par les labbes ou renards arctiques mais les parents sont très vigilants et très bien armés pour défendre leur couvée. Les activités humaines représentent donc la plus grande menace pour cette espèce. La chasse était auparavant une des principales menaces qui pesaient sur cette espèce mais c’est actuellement les collisions en vol avec des lignes électriques, clôtures, automobiles et d’autres structures qui sont les causes de mortalité les plus fréquentes chez le harfang des neiges. Le réchauffement climatique est aussi une menace sévère pour les harfangs des neiges.

En France, le Harfang des neiges est totalement protégé par l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire. Inscrit à l’annexe I de la directive Oiseaux de l’Union européenne, il est interdit de détruire cette espèce, de la mutiler, la capturer ou l’enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu’elle soit vivante ou morte, il est aussi interdit de la transporter, colporter, de l’utiliser, de la détenir, de la vendre ou de l’acheter.

© Bert de Tilly