L'animal du mois

Le loup gris (Canis lupus)

Le loup gris, Canis lupus, est un carnivore faisant partie de la grande famille des Canidés au même titre que les chiens, les renards, les chacals, les lycaons … Le loup gris est également nommé loup gris commun ou loup vulgaire, ou bien encore loup eurasien, loup européen, loup des Carpates, loup des steppes ou loup de Chine. Au fils de l’évolution, le loup a évolué en de nombreuses sous-espèces selon les régions occupées, comme le loup gris commun d’Europe (Canis lupus lupus), seule espèce de loup présente en Europe, ou bien encore le loup arctique (Canis lupus arctos). Entre quinze et quarante sous-espèces de loups on pu être décrites à l’heure actuelle. Premier canidé à avoir été domestiqué par l’homme, le loup aurait également conduit à l’apparition du chien (Canis lupus familiaris) il y a 30 000 ans.

Bien que le loup gris ne soit pas menacé de disparition dans le monde en raison de sa large aire de répartition, certaines populations de cette espèce sont tout de même classées vulnérables ou en danger d’extinction par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) dans certaines régions du globe, notamment en France. Les loups ont depuis toujours été au cœur des fascinations humaines et de leurs cultures. Ils ont ainsi souvent été l’objet de cultes, de superstitions et de persécutions … Exterminés au sein de nombreuses régions du monde, et ce particulièrement au entre le 18e et 20e siècles, les loups gris sont actuellement protégés par de nombreux pays où certains programmes de conservation ont permis leur réapparition. Depuis les années 1970, leur protection juridique, les changements d’affectation des terres et l’exode rurale ont arrêté le déclin des populations de loups et ont favorisé la recolonisation naturelle dans certaines parties de son aire de répartition d’origine. Le loup gris est tout de même menacé par la compétition avec les humains pour les espèces de gibier, la persécution de l’espèce en raison des attaques sur le bétail, les préoccupations exagérées du public concernant la menace et le danger des loups et la fragmentation de l’habitat, avec des zones devenues trop petites pour une viabilité sur le long terme pour les populations lupine. À l’échelle internationale le loup gris fait partie de l’annexe I et II de la CITES (Convention internationale régulant le commerce des espèces menacées pour leur protection). En Europe, il est protégé par la Convention de Berne de 1979 (transcrite dans le droit français en 1989) et est inscrit dans les annexes II et IV de la directive « Habitats » de l’Union Européenne. En France, sa protection est notifiée dans l’arrêté ministériel du 22 juillet 1993, mis à jour le 23 avril 2007. Ces différents textes de lois à l’échelle européenne impliquent donc que les états membres doivent veiller à la conservation de l’espèce et de ses habitats.

© Martin Mecnarowski

Morphologie du loup

La morphologie du loup gris peut être extrêmement variable selon la région d’origine des individus. Le mâle est généralement plus imposant que la femelle et peut mesurer en moyenne 1.65 m de long entre l’extrémité de sa queue et son museau, contre 1.59 m pour la louve. La hauteur au garrot des individus est comprise entre 60 et 90 cm pour un poids allant de 16 à 50 kg pour les femelles et de 20 à 70 kg pour les mâles en fonction de la sous-espèce. L’espérance de vie du loup est d’environ 10 ans. La robe du pelage des loups peut varier du brun crème au noir en passant par le fauve.

Description morphologique du loup gris commun (© Ferus)

La dentition des loups apparaît au cours de leur 7e mois de croissance, d’abord avec 32 dents de lait puis avec 42 dents pour un adulte. Leur mâchoire est puissante et peut atteindre une pression de 150 kg/cm² (contre 60 kg/cm² pour un labrador). Les loups sont également connus pour leur nage aisée et leur endurance à toutes épreuves. Ils font partie des carnivores terrestres les plus endurants à la course avec des vitesses maximales atteignant 40 à 50 km/h. Ils peuvent ainsi parcourir 60 km en moyenne par nuit. Les sens du loup gris sont particulièrement développés. Son odorat puissant peut détecter un animal à 270 m de distance contre le vent. Son champ de vision est de 250° (contre 180° pour l’homme). Comme ceux des chats, ses yeux sont tapissés d’une couche cellulaire, le tapetum lucidum, lui permettant d’avoir une bonne vision de nuit. Les loups gris ont également une bonne audition : ils peuvent entendre des sons jusqu’à 40 kHz (contre 20 kHz chez l’homme) et jusqu’à 6.4 à 9.6 km de distance.

Comportements du loup gris

Comportements sociaux et reproducteurs 

Le loup est animal social vivant en meute généralement composée d’un couple alpha dominant reproducteur, des jeunes de l’année et parfois ceux de l’année précédente. En France, la taille des meutes peut varier mais tourne autour de deux à six loups. Le couple dominant est le seul à se reproduire. Cette période de reproduction se déroule entre janvier et mars. La parturition a lieu entre mars et juin à la suite d’une gestation de 62 jours en moyenne. Les portées peuvent comprendre un à huit louveteaux mais sont généralement de un à trois petits pour les jeunes louves, la fécondité augmentant ensuite avec l’âge. Cependant la mortalité des jeunes est importante la première année. Ces derniers sont allaités jusqu’à l’âge de six semaines et sont ensuite nourris avec de la viande régurgitée. Vers l’âge de quatre mois les louveteaux apprennent les principes de soumission aux adultes et suivent leur parent hors de la tanière vers l’âge d’un an. Ils quittent ensuite le groupe familial vers l’âge de deux à quatre ans où ils doivent alors explorer des territoires inconnus et chasser seuls. Les facteurs déclencheurs de la séparation des jeunes de leur famille d’origine sont généralement leur maturité sexuelle et la concurrence pour les ressources alimentaires au sein de la meute. À l’état sauvage les loups sont sexuellement matures vers l’âge de 22 mois. Cette maturité peut être plus précoce en captivité. Les nouvelles meutes se forment habituellement avec un mâle et une femelle non apparentés qui voyagent alors ensemble pour trouver une région dénuée de meute hostile. Les meutes de loups intègrent rarement des individus étrangers au groupe et lorsque cela survient les nouveaux arrivants sont souvent des jeunes immatures (un à trois ans) ne représentant pas une rivalité importante pour le couple reproducteur. 

© Ralf Κλενγελ

Comportements territoriaux et alimentaires 

Les loups sont des animaux territoriaux qui vivent au sein d’une région variant en fonction des ressources alimentaires trouvées. La superficie de leur territoire est d’environ 300 km² et est souvent plus grande que nécessaire pour assurer une disponibilité alimentaire suffisante. Sa superficie varie également en fonction de l’âge des louveteaux et de la densité de proies présentes (plus les jeunes seront âgés et moins il y aura de proies plus le territoire sera grand). La meute se déplace constamment au sein de son territoire et parcoure environ 9% de ce dernier par jour (25km en moyenne). Une meute de loups bien établie quitte rarement son territoire ou seulement en cas de pénuries alimentaires. Ils défendent leurs espaces via des marquages olfactifs (mictions, défécations, grattages au sol …), des attaques directes aux autres groupes et par leurs hurlements.

Le loup est un carnivore au régime alimentaire très varié : il peut se nourrir d’insectes, de fruits mais aussi des petits mammifères. Il va cependant privilégier les grands mammifères comme les ongulés sauvages tels que les chamois, mouflons, chevreuils, cerfs, et sangliers. Il peut également manger des charognes quand l’occasion se présente. Au sein d’une meute, c’est le mâle dominant qui initie la chasse et qui est également le premier à se nourrir. Les loups chassent en meute et peuvent parcourir de longue distance pour épuiser leur proie lorsque celle-ci fuit. Une population de loups peut difficilement être viable en l’absence de faune sauvage, notamment d’ongulés, et est donc entièrement dépendante des ressources alimentaires présentes. Les loups contribuent ainsi en grande partie à la régulation des populations d’ongulés sauvages et ajustent leurs effectifs aux ressources disponibles afin de ne jamais provoquer la disparition totale des proies.  Au cours des premières années de présence d’une meute le nombre d’ongulés diminue. La réduction des effectifs des proies va alors contribuer à une plus grande mortalité des jeunes loups et un équilibre s’instaure au fils du temps. Malheureusement, les tentatives de prédation sur le bétail peuvent également survenir, principalement du printemps à l’automne.

La communication chez les loups 

Les loups communiquent avec leurs congénères, ainsi qu’avec les autres espèces animales, via des signaux visuels, olfactifs et auditifs. Le comportement expressif du loup gris est complexe avec différents niveaux d’intensité que l’on peut observer grâce à une grande variété d’expressions faciales, mais aussi aux positionnements de la queue, des jambes, des lèvres, des oreilles ou bien encore du pelage. Voici un exemple décrit par Konrad Lorenz en 1952 des expressions faciales d’agressivité et de « peur » chez le loup :

De bas en haut « la peur » est croissante tandis que de gauche à droite c’est l’agressivité qui augmente. Le dessin en haut à droite représente donc le degré le plus intense de « peur » et d’agressivité.

Exemple sur cette photographie : le loup couleur fauve à gauche est en position de dominance par rapport au loup noir. Son agrissivité est maximale tandis que sa « peur » est intermédiaire. Il correspond donc au dessin au centre à droite du schéma de Konrad Lorenz.

Les loups ont un sens de l’odorat particulièrement développé et celui-ci joue un rôle primordial dans leur communication. Chaque loup possède une empreinte olfactive unique en fonction du milieu dans lequel il vit et de son état physiologique. Cela permet ainsi aux loups de se reconnaître entre eux et de marquer leur territoire, mais aussi d’indiquer d’autres informations comme le sexe ou l’état reproductif de l’individu. Les loups possèdent de nombreuses glandes sur la face, les lèvres, le dos et sur les coussinets. Les loups vont ainsi procéder à différents types de marquage de leur territoire via leur urine, leur défécation et des grattages au sol ou sur les objets de l’environnement.

Ils utilisent également les vocalisations afin de communiquer entre eux. Ces signaux sonores sont eux aussi variés et dépendent du contexte. Chaque loup possède une signature vocale qui lui est propre. Ils peuvent  glapir, gémir, geindre, lancer une plainte, gronder, grogner, japper, aboyer, hurler … Par exemple, les loups grondent lors d’enjeux de dominance, d’attaque, de mise en garde, de défense, de protestation ou bien encore de jeux. Ils utilisent généralement les hurlements pour assembler la meute, transmettre une alarme, se localiser lors d’une tempête ou au sein d’un territoire inconnu, et pour communiquer sur de grandes distances. Dans certaines conditions les hurlements des loups peuvent être perçus jusqu’à 130 km².

 

Répartition et milieux de vie 

À l’origine, le loup gris était l’espèce de mammifères la plus répandue au monde mais s’est éteinte au sein de nombreuses régions d’Europe de l’Ouest, du Méxique et des États-Unis, limitant leur présence dans les régions les plus éloignées et les plus sauvages. Leur aire de répartition s’est ainsi réduite d’un tiers à cause de persécutions humaines et de la diminution de leurs ressources alimentaires. Les loups sont présents au sein de tous types d’habitats naturels de l’hémisphère nord : montagnes, plaines boisées, milieux forestiers, steppes, toundra, montagnes, zones semi-désertiques … On distingue principalement deux grands groupes de loups : ceux du nord, vivant en Amérique du Nord, en Europe et en Asie septentrionale, qui sont plus grands et plus puissants que les loups du sud. Ces derniers vivent en Afrique du Nord, dans la péninsule arabique et dans le sud de l’Asie. Ils sont d’ailleurs davantage similaires aux loups vivants il y a 800 000 ans alors que les loups de nord sont issus d’une lignée plus récente (150 000 ans).

Les loups s’installent préférentiellement là où les ressources alimentaires sont suffisantes et où la densité de grands herbivores sauvages est importante. Leur présence dépend également des conditions climatiques. Les loups sont en effet capable de réguler leur température corporelle avec une variation spécifique du flux sanguin au niveau de la peau et des coussinets. La répartition des loups est aussi influencée par la présence humaine et la topographie.

Pour leur repos diurne les loups privilégient des endroits couverts par temps froid, humide ou venteux mais choisissent aussi des espaces à l’air libre par temps sec, calme et chaud. Ils construisent généralement des tanières à partir d’abris naturels tels que des fissures de rochers ou des trous de végétations lors de la période estivale, principalement pour les louveteaux. Construite généralement proche d’un point d’eau, la tanière est orientée le plus souvent vers le sud afin d’assurer une exposition optimale à la lumière du jour.

© Chris Oxford

Le loup en France : une cohabitation difficile

À la fin du XVIIIe siècle le nombre de loups en France était estimé à environ 15 000 individus. Persécuté dans toute l’Europe depuis le Moyen-âge, le loup disparu du territoire français dans les années 1930. En France, la crainte infondée envers le loup est toujours présente dans la mémoire collective bien que les attaques des loups sur l’homme n’aient été que très rarement recensées (ex : cas spécifique d’animaux ayant la rage). L’espèce fit pourtant son grand retour vers les années 1990 dans les Alpes, avec une première authentification d’individus dans le parc national du Mercantour en 1992. Les loups ont ainsi progressivement recolonisé certains territoires de France depuis le massif des Abruzzes en Italie. Le retour du loup est donc purement naturel et ne provient pas d’une réintroduction par l’homme. En effet, des analyses génétiques ont permis de démontré que tous les loups français sont principalement d’origine italienne. Cette recolonisation a été permise grâce à la mise en place d’une protection légale de l’espèce, à la présence de nombreux ongulés sauvages, à l’exode rural, au reboisement des territoires et à la création de zones protégées. Depuis leur retour dans les Alpes, les loups continuent de progresser en France et ont notamment reconquis les Vosges, le Jura, le Massif central et les Pyrénées grâce à leur grande capacité de dispersion.

Répartition du loup en France en 2015 (© Ferus)

La population de loups gris est actuellement estimée à 360 individus selon l’ONCFS (Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage) à l’issu de l’hiver 2016-2017 (contre 2 000 en Espagne et 1 000 – 1 500 en Italie). Malgré sa recolonisation progressive des territoires français (63 zones de présence permanente à l’heure actuelle), l’installation des loups dans notre pays est extrêmement fragile car la création de nouveaux couples reproducteurs est rare. La population de loups en France tend difficilement à augmenter, probablement en raison d’un important braconnage et des tirs létaux autorisés par l’État.

Cohabitation loup et pastoralisme en France

La cohabitation homme-loup est une problématique complexe et extrêmement sensible opposant systématiquement, et à tord, le monde écologiste et celui pastoral. Depuis les années 1990 le retour du loup créé un conflit et des débats stériles entre les défenseurs du loup et ceux du pastoralisme. En effet, malgré une densité de ressources alimentaires suffisantes il peut survenir que la prédation des loups touche le cheptel domestique, particulièrement lorsque celui-ci est important et peu ou non surveillé. Ces attaques sont d’ailleurs systématiquement attribuées à la présence de loup mais peuvent être également l’œuvre de chiens errants. Cette prédation du bétail a un impact financier pour les éleveurs mais est aussi à l’origine d’un stress psychologique et moral pour ces derniers.

Les contraintes économiques actuelles ont engendré l’existence de troupeaux plus importants ainsi qu’une réduction de la présence du berger auprès de son cheptel, présence qui est essentielle à la sécurité des animaux car dissuade les prédateurs éventuels. Les animaux de rente sont en effet des proies « faciles » pour les carnivores sauvages pour de multiples raisons : une densité de proie sauvage faible dans certaines zones, peu ou pas de protection des troupeaux etc. Les pratiques pastorales évoluent et des moyens de protection sont mis en place pour favoriser la cohabitation entre le loup et les activités pastorales. La protection des troupeaux est ainsi devenue une priorité afin de préserver l’espèce lupine et les activités humaines.

Il existe différents moyens de protection des troupeaux qui ont d’ailleurs généralement fait leur preuve : la présence humaine du berger ou des aides-berger, les chiens de protection, les parcs de regroupement, les effaroucheurs, mais aussi la présence de lamas ou d’ânes dans le cheptel, l’utilisation de tirs de d’effarouchement … Bien que l’absence totale de prédation des troupeaux par les prédateurs n’existe pas, la combinaison de ces différentes méthodes de protection réduit considérablement les risques encourus par les troupeaux. De nombreux organismes œuvrent également pour favoriser cette cohabitation, via des programmes comme Pastoraloup de l’association FERUS par exemple, qui permet à des bénévoles de venir soutenir l’activité des éleveurs en zone de présence du loup afin de renforcer le gardiennage des troupeaux.  

 

« Plus que jamais, la clé de la cohabitation entre le loup et l’homme passe par une protection efficace des troupeaux » Ferus

 

Toutefois, dans certains cas, des tirs létaux des loups sont autorisés. Depuis 2004, l’État français autorise sous certaines conditions l’abattage des loups suite aux dommages causés aux troupeaux. Le loup est une espèce strictement protégée en Europe et en France mais des dérogations exceptionnelles permettent l’utilisation de tirs de régulation de l’espèce lorsque la pression de prédation sur le bétail est trop importante. Ces conditions d’utilisation des tirs sont malheureusement de plus en plus assouplies allant jusqu’à autoriser l’abattage de loups en l’absence de troupeaux et de dommages sur ces derniers, provoquant une augmentation du nombre de loups tués chaque année. L’autorisation de la destruction de loups est ainsi soumise à des dérogations notamment gérées par la politique mis en place au sein du Plan National d’Actions (PNA) dédié à l’espèce.  

 

 

Le plan national d’actions dédié aux loups

Tous les six ans, le gouvernement élabore un plan national d’action qui définit la politique adoptée pour la conservation du loup et des activités humaines liées à sa présence. Le prochain plan national d’actions dédié au loup vient d’être signé et sera appliqué entre 2018 et 2023. Les quatre points majeurs à retenir de ce projet sont les suivant :

  1. Un réseau « chiens de protection » devrait être mis en place afin de confirmer l’efficacité de ces animaux sur la protection des troupeaux en évitant les problèmes qui y sont liés (morsures, conflits de voisinage etc.) et pour former les éleveurs à conduire leurs chiens de protection.
  2. Des études concernant le loup (répartition spatiale, interactions entre les meutes, régime alimentaire etc.) vont être menées afin de mieux protéger les troupeaux.
  3. Les indemnisations des éleveurs pour leurs animaux victimes des loups seront soumises à une évaluation et seront accordées uniquement si les éleveurs auront préalablement mis en place des mesures de protection pour leurs troupeaux (clôtures, chiens de protection, etc.). Ces contrôles seront d’ailleurs effectués «en routine et non lors du constat des dommages».
  4. La campagne de tir sera calée sur l’année civile et non du 1erjuillet au 31 juin, période où la pression de prédation est la plus forte et entraîne donc de nombreux tirs de régulation ce qui augmentait les plafonds du nombre de loups pouvant être abattus. « Les dispositions du plan national d’actions doivent permettre d’éviter que le plafond de loups pouvant être détruits soit atteint en cours d’année ». Le plafond est fixé à 10 % de l’effectif moyen annuel du nombre de loups en France, soit 40 pour l’année 2018. Il sera actualisé au printemps. Toutefois, malgré ce plafond, les préfets auront la possibilité d’autoriser des tirs de défense additionnels.

Pour en savoir plus vous pouvez lire le PNA dans sa globalité en cliquant ici. 

À la lumière de ces arguments, le plan national d’actions du loup 2018-2023 présente des points positifs majeurs, comme la formation des éleveurs pour conduire leur chien de protection ou le changement des méthodes pour les indemnisations, mais la politique concernant les tirs de régulation reste toutefois discutable. En effet, des organismes et instances scientifiques comme Le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), l’ONCFS ou le MNHN (Muséum National  d’Histoire Naturelle) évoquent que cette gestion de la population de loups basée sur des tirs de destruction va « bien au-delà des possibilités réglementaires de déroger à la protection de l’espèce » et n’est pas une solution pérenne pour faire diminuer les attaques sur les troupeaux. D’autant plus que l’efficacité des tirs de « destruction » n’a jamais été démontrée, est inefficace et contreproductive (dispersion et éclatement des meutes, absence d’apprentissage de la cohabitation …) et met en péril la viabilité de l’espèce en France. De plus, une évaluation de l’efficacité de ces tirs létaux, indispensable à l’établissement d’une politique de tirs de prélèvement, n’a jamais été faite ou initiée. En prenant exemple sur nos voisins européens, la cohabitation avec le loup est tout à fait réalisable et il a été prouvé que les attaques sur les troupeaux peuvent diminuer, sans l’utilisation des tirs de destruction, mais avec la mise en place de mesures de protection. Enfin, le plafond de tirs de régulation des loups ne prend pas en compte le nombre d’individus braconnés ou les tirs non déclarés. En plus de l’inefficacité de ces tirs de destruction, le nombre de loups tués est bien trop important et dépasse les 40 loups annuels « détruits ». Cet abattage des loups est une atteinte à la préservation de cette espèce. En effet, une expertise du MNHN et de l’ONCFS avait recommandé de limiter les tirs à la protection des cheptels et de ne pas abattre plus de 10% de l’effectif de loups présents en France afin de ne pas porter atteinte à la viabilité de l’espèce. Or l’État permet avec ce nouveau PNA jusqu’à 12% de destruction de la population lupine sans compter les dérogations exceptionnelles qui viendront s’y ajouter sous la pression des lobbys agricoles qui font du loup le bouc émissaire de cette filière en crise. Ce plan d’action national semble alors ne satisfaire aucun des partis pris d’autant plus que le retour du loups en France représentent des bénéfices tant pour la nature que pour les hommes et qu’une grande majorité de français considère que le loup a toute sa place dans notre pays. En effet, 76% des français adhèrent à ce retour et 80% sont opposés à son éradication.   

 

Qu’en est-il pour nos voisins européens ? 

Contrairement à la France et bien qu’il ait été également persécuté, le loup n’a jamais totalement disparu chez nos voisins européens, comme en Italie ou en Espagne où le nombre de loups est estimé à environ 1 500 – 2 000 individus, impliquant que les éleveurs n’ont pas oublié les « bonnes pratiques » pour cohabiter avec le canidé. De plus chaque situation est spécifique. Les loups n’ont pas conscience des frontières du monde géopolitique et se dispersent dans toute l’Europe. Les pratiques pastorales sont quant à elles bien différentes selon les pays. Cela implique une gestion particulière des élevages et de leur protection mais aussi des conflits d’ampleur variée selon les États.

En Italie, l’élevage laitier est majoritaire par rapport à celui destiné à la production de viande. Par exemple, les troupeaux sont rentrés la nuit et sont de tailles moins imposantes que ceux de l’élevage intensif français. Cela permet ainsi d’éviter davantage les conflits avec la présence du loup. Il en est de même en Espagne où les bergers ont conservé la tradition de la garde des cheptels. Cependant les loups sont tout de même peu nombreux dans ces pays, bien qu’ils soient beaucoup plus présents qu’en France.

En Roumanie, où les loups sont très présents, le système d’élevage et de protection des troupeaux est adapté et efficace. Chaque cheptel possède environ deux à trois bergers ainsi que cinq à six chiens de protection. Cette solution est malheureusement difficilement applicable en France en raison du prix de la main-d’œuvre qui est beaucoup plus élevé qu’en Roumanie : les éleveurs n’ont donc pas les moyens d’embaucher plus d’employés et de former et soigner autant de chiens de protection.

Faut-il envisager une gestion européenne de la problématique autour de la présence du loup ?

Cette question fait naître des avis partagés car, bien que des études scientifiques transfrontalières soient faites et applicables dans tous les pays d’Europe concernant la biologie du loup, les systèmes d’élevage européens et leur viabilité sont quant à eux très différents d’un pays à l’autre. Les niveaux de vie (salaires etc.) et les antécédents du pays avec cette espèce sont également très variables. De plus, l’espèce n’est pas présente sur tous les territoires de la même façon, impliquant qu’une gestion au niveau européen affectera différemment chaque pays. Concilier toutes ces différences dans une organisation commune semble envisageable mais difficile à mettre en place. Cependant, le réel objectif est d’apprendre de nos voisins européens afin de favoriser la cohabitation entre le loup et les pratiques pastorales en France.

Il est donc à l’heure actuelle primordiale de veiller à la pérennisation de la cohabitation homme-loup en préservant à la fois l’espèce, dont sa présence sur le territoire français est légitime, et les activités pastorales, en axant des actions sur l’étude de la population de loups et sur les interactions loups-troupeaux, en France et à l’échelle européenne, et sur l’évolution des pratiques pastorales.

 

 

Gabrielle Montier, le 28 février 2018

 

 

Sources :